Entretien avec Cebeji

cebeji

Il a l’art et la manière de manipuler la langue française, CEBEJI ou le  “petit frère de R.DEVOS”  devrais-je dire, nous pousse par son talent et sa réflexion à “l’essence” des mots.

Christelle Da Silva : Est-ce plus difficile pour un artiste engagé de vivre du métier d’humoriste ?

Cébéji : Ça dépend, il y a différentes façons d’être engagé, si moi je suis un artiste engagé ? Ça ne se voit pas trop,donc à priori cela ne devrait pas nuire à ma réussite. Maintenant quand l’engagement est très virulent et qu’il gêne véritablement l’Etat ou qu’il titille la censure et qu’en plus il est fédérateur alors là, je pense que cela peut freiner. D’un autre côté, créer de la polémique est bon pour un producteur, donc, peut être aussi, un facteur de réussite.

C.D.S : Vous êtes un inconditionnel des jeux de mots, d’où vient cette frénésie ?

Cébéji : Mes parents aimaient beaucoup Raymond Devos, je l’ai donc beaucoup vu étant petit, “petit” je précise.
J’ai vu également un peu de Desproges quand j’étais jeune, qui jouait avec les mots parfois; mais je pense que c’est ma forme d’esprit tout simplement. J’ai un côté “matheux”, un côté qui aime les symboles, qui aime triturer les choses comme ça, c’est peut être le petit côté obsessionnel de ma pensée.

C.D.S : Combien de temps mettez-vous pour écrire un sketch ?

Cébéji : C’est totalement variable. Il y en a que j’ai écrit d’une traite, quel que soit le degré de complexité.
Il y en a un que j’ai écrit en peut être un quart d’heure, j’ai débouché le stylo, j’ai écrit, ne sachant pas ce qui allait sortir, j’ai rebouché le stylo, le sketch était écrit. J’aime bien me mettre devant une page blanche et ne pas savoir ce que je vais écrire, à l’inspiration en somme.
Par ailleurs, il y a des sujets sur lesquels j’ai voulu écrire, pendant des années, ça ne venait pas et puis à force d’y réfléchir, ça sort très vite, mais ce sont des années de condensation dans la pensée. Pour exemple le sketch du “CHASSEUR”, c’est un sketch qui a mûri sur plusieurs années.
Il y a des sketchs qui furent des tortures, c’est à dire en partant d’une idée, cette idée me séduit et puis on commence à la coucher sur papier le développement stagne, c’est maladroit, puis j’arrive à écrire un petit bout, l’enchaînement cesse, alors je reprends 3 mois après et finalement je mets 1 an, 1an et demi à écrire le sketch qui finalement est abouti…mais qui a été une torture à délivrer.

C.D.S : Est-ce que ça vous arrive de douter ?

Cébéji : Ou là ! (rires) Oui, évidement ! A tout de point de vue, tout le temps. On essaie de le vaincre en même temps, parce que le doute est forcément l’ennemi de la confiance et quand on va sur scène il en faut. Disons, que c’est là que le public compte beaucoup. Si on voit des bonnes salles rirent dés le départ, la confiance remonte tout de suite, on se lâche et on y va.
Avec l’expérience la confiance reste d’un bon niveau. Je pense que pour être humoriste aujourd’hui, c’est beaucoup plus dur qu’avant. Actuellement sur Paris, il doit y avoir 300 humoristes on va dire (sourire ironique) qui s’essaient ou qui sont en activité, on demande d’avoir la mise en scène la plus aboutie,d’être le plus drôle, d’avoir la plus grande efficacité, le plus grand rendement, la plus grande originalité, on nous demande d’être un humoriste qui a 20 ans de métier tout de suite ! donc il y a beaucoup de pression. Le public est devenu difficile, critique puis la pression sociale est présente, car on essaie d’en vivre etc. ça créer des doutes indirectement. C’est un métier qui valorise à certains moments et dévalorise considérablement à d’autres.

C.D.S : Quels conseils donneriez-vous aux futurs humoristes ?

Cébéji : Alors déjà, première question: Pourquoi je fais humoriste ? Ça c’est très important pour moi, parce que je pense, (ça n’engage que moi), que tout le monde n’est pas humoriste. Il y a des gens qui sont comédiens comiques et il y a les humoristes.
Selon moi,l’humoriste est une classe à part, l’humoriste est quelqu’un qui est très différent des autres, dans le sens ou il est animé par quelque chose de très particulier et donc, il n’est pas formatable, c’est ce qui a produit des “Coluche”, des “Desproges”, des “Devos” etc.
Ce sont des gens qui ont imposé leur style, parcequ’ils “sont ça” ! donc, si le jeune humoriste se ressent comme tel, qu’il fonce !
Il va se prendre quelques baffes à certains moments, parce que les gens vont dire “Mais attends, qu’est-ce que tu fais ? C’est n’importe quoi, il faut faire comme ça !”. Non ! Il fait comme il sent, en revanche, il faut qu’il travaille pour arriver à le communiquer correctement, qu’il se lâche, qu’il se libère etc. . Bon, ça, ça prend des années, c’est l’acquisition delà confiance, donc persévérance. Impérativement, persévérance.
Pour moi un comique c’est plus plus large; c’est un comédien qui est drôle, qui peut jouer les textes des autres. Un humoriste est un auteur, un comique n’est pas forcément un auteur; et un auteur comique n’est pas forcément un humoriste au sens fonctionnel qu’on donne à ce terme en général. Je pense qu’un humoriste a du fond, ce n’est pas péjoratif pour les autres, je veux dire, les comiques sont essentiels, utiles et nécessaires et je n’établis aucune hiérarchie entre les deux.
C.D.S : Vous avez réalisé tous vos rêves ?

Cébéji : Oh non!Loin de là…j’en ai réalisé quelques uns, heureusement d’ailleurs ! Le souhait d’être reconnu en tant qu’humoriste me plairait bien ! Tout simplement, déjà, pour exercer mon métier de façon correcte et décente, pouvoir vivre pleinement de ma passion et donner du bonheur aux gens, enfin si je peux leur donner du bonheur… ça, ça me ferait bien plaisir aussi ! (sourire) Et être heureux avant tout. Je suis déjà dans un bon élan qui est pas mal du tout… (sourire)

C.D.S : Pensez-vous, qu’on ai besoin de passer à la télé pour être connu ?

Cébéji : Je pense que oui, alors je ne pense pas que ce soit forcément indispensable, mais pas loin. Pourquoi ? Comment les gens vont voir un spectacle ? C’est simple, les gens vont voir un spectacle parce qu’on leur en parle. Soit par le bouche à oreille, mais un bouche à oreille quand même très actif,  soit parce qu’il y a de la pub sur internet, qu’ils en parlent à la télé etc. ; donc c’est évident, que quelque soit la qualité du spectacle, ça fonctionne ça ! C’est difficile de bien remplir des salles sans être connu.

C.D.S : Est-ce important pour vous de garder une “âme d’enfant” ?

Cébéji : Ah oui ! Je ne fais même pas en sorte de garder ou non, j’arrive pas à m’en défaire (rire).
Dans ma tête je suis vraiment un gamin, j’y peux rien, je fais même des choses qui consternent les autres des fois, ça me fait marrer et je peux pas m’en empêcher. (rires) J’ai besoin de faire des trucs lourds, idiots, futiles et j’en suis hyper content ! (sourire)

C.D.S : Je vous laisse le mot de fin.

Cébéji : Il faut faire les choses pour des bonnes raisons. On ne fait pas de l’humour, on a de l’humour ou on n’en n’a pas, je crois.
Donc, pour le mot de la fin, les écoles de café-théâtre, ça me fait marrer ! Ça, c’est un truc qui me fait rire !
Quelqu’un qui est fondamentalement humoriste est un joyau et il faut que ça sorte tout ça !
C’est hors tout formatage ! Prendre des cours de théâtre pour aider à délivrer un peu son propre savoir faire, c’est moins con déjà !
A mon avis c’est un bon conseil (sourire) qui ne plaira pas a tout le monde, mais c’est pas grave. Se faire confiance, là encore pour des bonnes raisons. Je le redis,si c’est uniquement pour se faire aimer ou pour un trop fort désir de reconnaissance, ce n’est pas la peine…tout le monde a besoin de reconnaissance c’est évident, mais si c’est pour une raison qui est trop présente, c’est une mauvaise raison.Si on sent qu’on a l’envie de dire des choses et de les exprimer à sa manière, eh bien qu’on y aille ! et qu’on écoute les conseils avisés et seulement les conseils avisés.

 

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