La nouvelle vague: Jimmy Laporal Trésor

 

Scénariste

Jimmy a co-écrit le scénario du film “Panier de fraise” dans lequel j’ai tourné cet été.  Scénariste, producteur, et réalisateur il a lancé ce mois ci sa boite de production “A 3 plumes”.

A quel moment as-tu commencé l’écriture et quand est ce que c’est devenu une évidence que tu en ferais ton métier?

J’ai commencé à écrire mes premières histoires à 8 ans, en CE1 au fond de la classe: je dessinais des bds avec un pote, Hannibal.J’ai toujours aimé le français, écrire des rédactions ou des dissertations; j’écrivais aussi des poèmes à la con pour les filles. Quand j’ai commencé le jeu de rôle vers 11 ans (et ça a continué jusqu’à mes 30 ans) je kiffais créer des histoires, et j’ai trouvé des palliatifs avec l’écriture de scénarios de jeu de rôles, de nouvelles. Il y a 7 ou 8 ans, je me suis remis à la poésie sous le vocable de Blackletters. J’ai fait su slam dans les bars aussi. En 2005 j’ai crée une première boite de production 27.Prod, qui faisait surtout des reportages. J’ai écrit mon premier scénario, BraQnaQ, un polar.

Tu as récemment crée ta boite de production, n’est ce pas?

Ce mois ci, effectivement, j’ai lancé avec Diouc Koma  et Sébastien Birchler “A 3 plumes” pour développer des “histoires prêtes à produire” : des scénarios et des concepts de série avec une tête d’affiche ou un réalisateur inclus dans le projet que l’on présenterait directement au producteurs financiers. Quand t’es un jeune auteur, soit t’as pas le temps de bien bosser parce que tu dois faire autre chose pour vivre, soit t’as pas toujours accès au réseau pour rencontrer des producteurs, des réalisateurs, etc. Ce que l’on veut c’est leur offrir un cadre pour écrire, des opportunités et un peu d’argent pour débuter au moins, et avec leur synopsis rencontrer des producteurs. On veut devenir un label reconnu, incontournable et sérieux.

par windsor67

Tu as un parcours intéressant: auteur, réalisateur, producteur, directeur de casting… Qu’est ce qui explique cette frénésie?

Ce qui me plaît avant tout, c’est de raconter des histoires mais il y a certains de mes scénarios  qui sont si singuliers que je ne vois personne d’autre que moi pour les réaliser.

Je viens de nulle part. J’ai compris très vite que si je voulais vivre de ce métier, il fallait que je mette les pieds dans le plat. La clef est de rester proactif. 

Avec Diouc par exemple, ça fait 10 ans qu’on se côtoie sur les plateaux ; un jour on s’est dit “On bosse ensemble?!”: c’est comme ça qu’ A3Plumes est né.

 

Quels conseils donnerais-tu à ceux qui voudraient suivre tes traces?

Crois en toi et en ce que tu fais, personne d’autre le fera à ta place. Il faut casser l’isolement, essayer de rencontrer le plus d’auteurs possible. Aller aux projections de films courts,  de festivals.  Protéger ses scénarios en les déposant à la SACD ou en se les envoyant par recommandé avant de les diffuser. Il faut se créer une hygiène de vie qui tourne autour de l’écriture. Pour l’écriture de scénarios lire L’anatomie du scénario de John Truby. Il décortique l’art de la narration, c’est hyper détaillé. On acquiert une technique en lisant un maximum de scénarios, on se rend compte de la différence de style, de la construction. Essayer de lire les scénarios des films qu’on aime bien, ou avec un enjeu technique particulier; mettre en corrélation ce qui est écrit avec ce que vous avez vu à l’écran. Il y a des sites comme my Pdfscript qui sont très bien.

 Quels sont les bons côtés et les mauvais du métier?

Les bons côtés? Et bien la satisfaction d’écrire une histoire qui prend forme, ça fait plaisir à l’égo. Quand ça marche, ce métier paye bien. Cela permet d’avoir le temps de vivre. Et puis, tu peux aller au ciné voir ton film et la réaction des gens sans qu’ils sachent que tu en es le scénariste!

Les mauvais c’est qu’il y a beaucoup d’isolement, c’est très stricte, il faut être hyper rigoureux pour écrire tous les jours. Il faut compter au moins 4-6 ans de galère. Ne rêvez pas de paillettes, elles n’arriveront pas.  Quand tu es auteur en France, tu as un impact dans l’esprit des spectateurs mais à cause La Nouvelle Vague le métier est tombé en disgrâce  en faveur du mythique réalisateur scénariste: c’est une belle connerie.  Heureusement les choses changent. C’est un métier ingrat: les gens sontémerveillés par le fait que l’on travaille dans le cinéma, mais il y a clairement un manque de considération.

Tu préfères écrire seul ou à plusieurs?

Ce sont deux choses différentes. Il y a de la frustration et de la joie qui découle des deux. Quand on écrit à plusieurs, l’oeuvre n’est pas totalement à soi, il faut trouver un compromis, être obligé de vraiment connaitre son sujet, motiver les propositions que l’on fait aux autres. Tu dois aussi composer avec l’humeur des autres. Tu as plus de liberté quand tu écris seul, personne ne peut t’empêcher de faire quoi que ce soit. C’est une compétition entre toi et toi même.

Comment se déroule tes journées?

Je me réveille tous les jours à la même heure, quel que soit l’heure où je me couche la veille. 6 heures de sommeil me suffisent. Je cours 1 heure 1 jour sur 2, et de la boxe 3 fois par semaine. Quand je suis en phase d’écriture, j’écris 4 heures, pas plus et même si après j’ai encore de l’inspiration, j’arrête. Je reprends le lendemain. J’essaye d’avoir du temps pour vivre, pour mes proches, et rencontrer des auteurs, des comédiens. Quand je ne suis pas en phase d’écriture, je lis, vais au ciné, note les idées qui me viennent; j’évite d’écrire tout le temps.

Comment est né Panier de Fraise?

Je n’aime pas ce titre provisoire, je préfère La Cité Rose. Diouc a été contacté par Julien Abraham (réalisateur du film) qui voulait faire une série façon “Cité de dieu” à la française .Suite à notre collaboration sur mon spot La France est à l’image de notre vote,  Diouc m’a proposé de les rejoindre dans cette aventure.  On a retravaillé le scénario puis tourné le pilote de la série la dernière semaine de juillet.  Par la suite, Julien Diouc et moi avons passé le mois d’Août à écrire la Bible  de la série(qui contient le synopsis, le descriptif des personnages). Julien a démarché toutes les chaines mais elles ont refusé le projet parce que ça se passait en cité et qu’ils étaient pas sur que ça plaise.  Besson était intéressé, ainsi que Raphaël Rocher qui est allé à Cannes avec le dossier en mai 2009.  Il est revenu en nous disant que le projet de série était mort, mais qu’il était intéressé pour en faire un film.  On a collaboré avec Nicolas Peufaillit ( co-scénariste d’un Prophète) en tant que script-doctor et on a délivré en Juin 2010 le scénario finalisé à Raphaël qui  n’était plus en accord avec le projet.

Diouc a soumis à Nicolas Blanc, AGAT FILMS, le projet en Décembre 2010. Nicolas, nous a rappelé quelques jour après pour nous signer: ce mec, c’est mon héros. Il nous a fait confiance, donné carte blanche sur le projet, nous a soutenu avec ferveur. il correspond à mon fantasme d’un producteur prêt à aider les scénaristes avec lesquels il travaille. C’est un producteur profondément humain, un homme que je respecte, un homme avec lequel j’aimerais faire d’autres projets.

Tu as suivi des cours d’écriture?

Non. J’ai fait des études en communication. En janvier 2011, j’ai suivi un stage intensif avec John Truby de 4-5 jours qui était hyper intéressant. J’aimerais faire d’autre stage. 

Sinon, je lis beaucoup: des romans, des pièces de théâtre, des scénarios de film;  c’est une manière efficace de travailler son écriture, son style.

Quelles sont les recettes pour écrire un bon scénario?

Il faut une belle histoire. Travailler les persos, les relations entre eux, voir comment les personnages forts intéragissent entre eux.Il faut aller dans la simplicité, rester dans des choses universelles, émotionnelles. Raconter une histoire sincère qui vous touche personnellement, qu’elle ait du sens, sans faire de l’autofiction.

Quels sont tes projets en ce moment?

Le lancement de ma boite de prod A 3 plumes, la réalisation de mon film Mémoires d’A qui raconte l’histoire de Jonas Jobim qui voit sa vie basculer dans un No Man’s Land où rêves et réalité se confondent le jour où il découvre le journal intime d’une femme qu’il ne connaît que dans ses rêves, l’écriture d’Heartbeat (un homme confronté à la mort du fils de sa femme alors qu’il était sous sa responsabilité). J’ai aussi plein de projets de comédies parmi lesquels “American Dream, ma gueule” avec Steve Tran sur une bande de mecs de 25 ans qui refusent de devenir adultes.

Je prépare également, un recueil de poésies. 

En parlant de poèmes, voici Au dessus d’un dégât, un des poèmes de Jimmy

AU DESSUS D’UN DEGÂT
Il existe une journée cachée sous la torpeur
Où des rêves de douceur tâchent la réalité
Où les songes de candeur se calquent sur des baisers.
Eve y existe sous des heurts et des airs de jeune femme
Qui s’amuse de ses larmes, pourtant son âme pleure.
Il existe chez cette dame une douleur point abstraite.
Il existe telle une arme une douceur dite secrète
Qu’elle évite, malhonnête, de trop divulguer:
C’est son secret de femme
Blessée,
C’est son secret.
Eve s’est cachée, son rêve gâché, troué, percé.
Eve se rapproche de ses idées superflues
Pour fuir le flou de ses illusions déchues.
Déçue, elle s’invente des schèmes préconsus
Où les armées de Dante jettent leur dévolu
Où des utopies la hantent comme des corps suspendus:
C’est l’étendu du mauvais sort:
A perte de vue!
J’ai vu ce décor, un jour… loin d’ici.
Sur des terres loin au Nord où je la vis aussi:
Suspendue, seule, au-dessus d’un dégât
J’avais crié son nom mais…
Elle m’avait point vu.
Suspendue, seule, au-dessus d’un dégât,
J’avais crié ton nom mais…
Tu m’as pas entendu.
Suspendue, seule, au-dessus d’un dégât,
Elle avait disparue dans une faille béante
Suspendu, seul, au-dessus d’ce dégât
Je dois bien l’avouer ton image encore me hante.

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