Je vais faire quelque chose de sale, je vais parler d’argent

Ecrit par Cécile

Le titre de mon entrée est une reprise de cet article très intéressant. Je vous conseille également de lire cette autre page. Cela étant, même si mon article concerne le même sujet, il ne s’appuie pas sur ces textes. Je vais parler ici de mon propre cas, parce que je sais que cela intéresse certains d’entre vous, pour ne pas dire la plupart. Pas moi – mes chevilles vont bien, enfin, je crois :p – mais la question suivante :

 

Et après signature du contrat, quelles sont les retombées en termes de droits d’auteur ? Souvent, les auteurs refusent d’en parler, ou alors à mots couverts. Pourquoi ? Mais parce que, baaah, argent, sale, pas toucher, moi j’écris pour la beauté du geste et le pâté en croûte premier prix, pas pour les pépètes et encore moins pour la gloire !

C’est certes vrai (dans mon cas ça l’est), mais comme dirait Coluche, si l’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue largement.

Alors, aujourd’hui, je vous propose un article littéraire plein de maths : on va faire des multiplications, des pourcentages, et on va même oser afficher le sigle € ! Quelle horreur ! Sacrilège ! ^^

Passons donc au coeur du sujet.

* Ce que stipule mon contrat pour l’édition papier :

– 7% HT pour tout exemplaire vendu en librairie ;

– 20% HT pour tout exemplaire vendu en ligne ;

– 20% HT pour tout exemplaire vendu en salon.

20%, ça peut paraître élevé. Au départ, mon éditrice m’avait proposé un taux fixe de 10% si je me souviens bien. J’avais demandé alors un aménagement du contrat pour les salons sur lesquels je me déplacerais. Je ne demandais pas un remboursement intégral des frais, bien entendu. Comme il s’agit de petite édition, et que Voy'[el] a des fonds limités, je savais d’avance que ce serait refusé de toute manière. Corinne a alors proposé une solution très simple : modifier les droits d’auteurs. Nous sommes donc parvenues à ce compromis.

Je reçois mes droits d’auteurs une fois par an, entre le 1er janvier et le 28 février.

* Ce que j’ai gagné de manière concrète :

655 €44, une somme énorme à mes yeux. Hey, et oui : je suis étudiante, je n’ai jamais bossé de ma vie parce que je préfère être pauvre et profiter de mon temps libre pour écrire. Mais là n’est pas le sujet.

Maintenant, let’s do the math :

Ventes salon : 12 exemplaires (x4€35)

Ventes internet : 124 exemplaires (x4€35)

Ventes librairie : 42 exemplaires (x1€52)

Rappel : le roman a été publié en mai 2010.

S’il n’a pas très bien marché en salon, c’est principalement parce que je n’ai pas pu me déplacer.

Sur internet, la souscription a beaucoup aidé, j’ai été très active de ce côté-là (et je remercie encore les gens qui ont souscrit, car d’un point de vue financier, c’est une bouffée d’air frais pour les micro-éditeurs, car ça leur fait de l’argent d’avance sur quelques semaines).

En librairie, on a eu très peu de retours, ce qui est très bon en soi.

Dans tous les cas, le roman continue aujourd’hui de se vendre, à un rythme régulier, et à faire parler de lui. C’est bon signe.

* En bonus :

Si je devais ramener cette somme au nombre d’heures passées à travailler sur le roman, ça me ferait combien ? Allez, soyons fous : j’y ai travaillé 5 ans. En supposant que chaque jour j’y ai passé une heure (ce qui est réaliste comme estimation), nous arrivons à un total de 1824 heures. Magie, magie : 655,44/1824 = 0€359.

Si j’arrondis, cela fait 36 centimes d’euros de l’heure… ^^

Pourtant, je suis très contente du résultat chiffré – que ce soit en termes d’exemplaires vendus ou de droits d’auteurs perçus. Pour moi, c’est inespéré : gagner de l’argent grâce à ma passion… je me pince encore ! Et puis, c’est un argent qui a un “goût” spécial : celui de l’écriture… les chiffres ne sont pas faramineux, mais je me dis que c’est un début, que peut-être un jour ça me payera mes factures ?

En tous cas, ces 655€44 sont partis dans la tirelire “voyage au Japon”, que je prévois d’ici l’an prochain.

Pour les jeunes auteurs qui me lisent, j’espère que ces chiffres, très concrets, vous aideront à y voir plus clair, et à comprendre pourquoi si peu d’auteurs vivent de l’écriture en France et ailleurs dans le monde. D’une, ça ne rapporte pas grand-chose, et de deux, on n’est pas tous édités chez Gallimard…

Il y a le rêve, et il y a la réalité. On peut travailler pour que les deux se rejoignent mais, en attendant, il faut bien garder les pieds sur terre.

Ecrire pour vivre, c’est contre-productif. Vous l’avez bien vu.

Vivre pour écrire, là, par contre… :o)

La prochaine fois, j’essaierai de vous parler de façon claire et concrète de la manière dont ces droits sont imposés (et imposables). Pour l’instant, moi-même je nage malgré le Guide du statut social des auteurs qu’on m’avait passé. Cela fera l’objet d’un article d’ici à ce que j’y voir plus clair, promis juré !

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