Case Départ

Au vu de la polémique qu’à déclenché ce film, j’avais quelques réticences en allant le voir. Elles étaient fondées, mais j’ai rigolé du début à la fin. Réalisé par Thomas Ngijol, Fabrice Eboué et Lionel Steketee, le film raconte l’histoire de deux frères antillais réunis à la mort de leur père et qui, ensorcelés par une vieille dame, font un bond dans le temps à l’époque de l’esclavage. Le choc des cultures est rude quand on les embarque illico dans une plantation…

Les deux personnages sont totalement antinomiques et bien dépeint. Ngijol interprête le rôle du frère looser, vivant dans une cité, qui sort de prison pour avoir volé une vieille dame, incapable de trouver du travail, d’éduquer sa fille correctement et réduit à racketter des enfants.  Le personnage d’Eboué est bien sous tout les rapports, la caricature du “bounty” de base qui fait tout pour plaire à son patron blanc et est clairement xénophobe et intolérent. Il y a de multiples références à des sujets contemporains, ce qui ajoute encore plus au comique, des caleçons Dim en passant par Sefyu

Le duo utilise certains raccourci faciles, les gros clichés ne sont pas épargnés (sexe des noirs, religon, etc) mais la bonne dose d’humour noir (sans jeu de mot) rend l’essai plutôt vraisemblable. A chaque tentative vaine des deux personnages de s’échapper, il leur ait cruellement rappelé que les esclaves n’avaient guère de choix: ou ils obéissaient, ou ils mouraient, ou ils avaient la mince chance de s’en échapper.

Eboué et Ngijol ont anticipé les critiques du film avec la scène ou ils se disputent avec le marchand juif qui les a sauvés. Il n’y a pas de monopole du peuple qui aurait le plus souffert dans l’histoire: chaque personne issue d’une nation un tant soit peu persécutée pensera toujours avoir vécu le plus grand traumatisme. L’esclavage a laissé trop de traces insupportables, à fait trop de dégats pour que cela soit un sujet qui prête à rire, à mon sens. Cependant, Ngijol et Eboué l’ont fait et s’en sont bien sortis.

C’est un film que je conseille donc de voir.

Les médias, et je pense à France 2, ont rapporté avec étonnement (sic!) le succès “suprise” de Case départ. Je ne comprends pas trop en quoi c’est une surprise. Il s’agit d’un film écrit et réalisé par deux comédiens populaires et doués. Le cinéma français a souvent peur de se frotter à des films dans lequel il y a un nombre excédentaire de “minorités visibles” parce que cela ne plaira pas au public. Et quand des acteurs décident d’écrire, réaliser et souvent produire lesur propres films, le public ne se montre pas si frileux que ça. Je pense à la Première Etoile, qui a été un beau succès en salle et qui dépeint une famille noire tout ce qu’il y a de plus normal sans prostitution, traffic de drogue, marriage forcé, clandestinité, et j’en passe.

Et Case Départ le prouve une fois de plus.