Entretien: Florian Houdart

L’interview de Florian, jeune écrivain belge qui a publié deux romans aux éditions Chloé de Lys, s’est déroulée à Lille. Nous avons discuté dans les rues de Lille de litttérature, bien sur, de politique et de ce qui différenciait/rapprochait la France et la Belgique en la matière…

Qu’est ce qui t’a poussé à écrire?

Eh bien j’ai commencé par envie, sans me rendre compte de ce que je faisais. Enfant, j’avais toujours la tête dans la lune. J’ai eu l’idée de mettre mes rêves sur papier. Ma maman m’aidait, on écrivait des petits contes à deux et puis à l’adolescence, je ne comprenais pas les changements qui survenaient autour de moi, la mentalité des gens et cela m’a inspiré. Je lisais des classiques de la littérature, et m’en suis inspiré en voulant faire du neuf mais j’étais un peu formaliste, à la Proust et mon style était fait de longues phrases. Puis j’ai eu l’idée de mélanger un style plutôt traditionnel avec un language familier.

Je me suis mis à écrire de la science fiction, des récits avec des machines a retourner dans le temps, et à participer à des concours.  En 2005, j’ai gagné le 6e prix dans la catégorie des jeunes  du concours de la Maison de la Francité, le deuxième plus grand concours littéraire en Belgique .

En voyant les résultats  je me suis rendu compte qu’il y avait moyen de rendre l’écriture personnelle.

Et puis avec mes études (de sciences humaines et politiques), j’ai rencontré des professeurs qui ont éveillé mon intérêt pour les problèmes sociaux. Venant d’un milieu plutôt modeste, j’ai commencé à traiter de ces problématiques en les mélangeant au fantastique.

Mes inspirations sont aussi diverses que variées, je citerai: les films de science fiction notamment les films de série Z pour le côté kitsch, mon engagement politique (je suis un auteur de gauche), le surréalisme dont les tableaux de Magritte. D’un point de vue littéraire, Boris Vian est une référence.

 

Tu es du genre à écrire au jour le jour ou tu t’imposes un rythme régulier?

Je suis un auteur totalement bordélique. Il y a des jours ou j’écris, je suis tellement dedans que je ne vois plus le temps passer et des périodes où je peux passer des semaines, des mois mêmes sans plus rien écrire mais ou ça continue de cogiter dans ma tête. En général j’ai l’idée du scénario, le premier chapitre, les personnages. Si c’est  bon les idées se développent d’elle-mêmes et ça prend forme, sinon tant pis, je passe à autre chose.

 

Carnet ou Ordinateur?

Ordinateur sinon je serais incapable de me relire moi même!

 

Quelles sont les avantages de ce metier?

Les rencontres, les partages. Dans les soirées littéraires j’ai exposé ma démarche,  j’ai eu des retours intéressants. Depuis que je suis publié j’ai été invité notamment à Limoges pour présenter mon roman, rencontrer d’autres auteurs. Et quand on écrit certaines idées ne se développent qu’en voyageant alors même si ça ne remplit pas mon compte en banque, je suis content d’écrire, je fais des voyages, ça ne peut être que positif.

 

Et les difficultés?

 

Et bien les mêmes raisons qui poussent à continuer, les réactions des gens. J’ai eu quelques problèmes parce que je n‘ai pas ma langue dans ma poche, on m’a parfois taxé de “mysogyne” car mes propos avaient été déformés. Il y a aussi des gens qui pensent que parce qu’on est passé dans le journal local on est une célébrité. Comme je suis passé dans plusieurs médias, même de peu d’envergure, certaines personnes se sont mise en en tête de me haïr ou de m’apprécier. C’est ridicule. Ce genre de réaction au quotidien peut être assez lourd.

 

Je confirme. Pour toi Florian, en quoi être un jeune écrivain affecte ton processus d’écriture/ ta relation avec le milieu littéraire?

 

Je suis jeune, j’aime aller à la rencontre d’auteurs qui ont du bagage derrière eux. On comprend au moment où on est édité dans une petite maison d’édition, que les choses commencent vraiment, il faut se battre au quotidien pour pouvoir prendre part à une série d’activités, ça pousse à l’émulation. J’ai la chance d’être publié par une maison d’édition qui est une ASBL, une association ou la liberté artistique est respectée.

 

Pourquoi écris tu?

 

J’écris parce que j’ai des choses à dire, parce que j’ai des idées en tête que je veux mener jusqu’au bout, pour essayer de faire ce qui n’a  pas encore été fait. C’est ça pour moi la littérature, ce n’est pas Marc Levy qui va reprendre le scénario qui a déja été écrit 10000 fois par la même personne en le remettant à sa sauce.. Non, écrire, c’est expérimenter différents genres tout en s’assurant que cela soit accessible pour ouvrir son univers au plus de personnes possibles.

 

Avec Black-Out, tu as montré une certaine vision de la politique dans le futur. Quelles ont été les réactions des gens, et comptes-tu poursuivre dans le roman engagé, devenir un Paul Nizan, par exemple?

Il faut savoir que quand on écrit de la politique, on se ferme à un lectorat parce que beaucoup de gens ont en marre de la politique actuelle. A côté, je trouve nécessaire d’en parler parce que la politique subie est un véritable choix de société imposé. J’essaye d’interpeller, de montrer aux gens que cela peut les intéresser. Les politiques me boudent mais Black Out a séduit les syndicalistes.

 

Tu as d’autres formes d’expressions artistiques hormis l’écriture?

 

Et bien la musique. Je suis venu à la musique par l’oralité, les scènes slams. Le slam, c’est 3 minutes sur scène, on déclame un texte de tout style, le but est susciter une réaction. Au début, j’écrivais des textes engagés influencés par des groupes de rock, mais j’ai trouvé que ça n’allait pas assez loin. J’ai eu un premier projet ou je travaillais avec un musicien professionnel mais je n’avais pas le temps d’acquérir le sens du rythme. Alors, j’ai crée avec un ami un groupe de punk parodique, les Rotten Apples, ou on faisait des textes absurdes avec un message derrière et où les instruments classiques avaient tous été remplacés, par exemple la batterie était jouée par un djembé. La plupart des gens rigolaient bien. J’ai eu envie de poursuivre l’aventure, faire un truc écoutable mais qui remue les gens. Un projet sérieux s’est mis en place depuis. A suivre…

 

Comptes tu aborder d’autres thèmes hormis la dénonciation des problèmes politiques?

 

J’aborde des thèmes sociaux notamment dans mon deuxième roman, la petite femme aux cigarettes. J’aborde l’errance, la misère, le sentiment d’injustice, l’impossibilité des relations amoureuses en raison de l’incommunicabilité de notre époque, on ose plus de confier, on a peur.

 

Quels conseils donnerais-tu aux écrivains qui voudraient suivre ta trace?

 

Faites ce que vous voulez, ne tenez compte ni des modes ni des formats. Dites vous “je vais faire quelque chose d’authentique, d’unique, et parce que ça va me plaire, cela va plaire à d’autre gens”, j’en suis persuadé.

 

En quoi avoir une forte présence sur internet (tu as de nombreux blogs, tu participes à des forums) t’a aidé?

 

Quand on utilise bien internet, cet outil permet d’être en contact avec beaucoup de gens susceptibles d’être intéresses par ce que l’on écrit. Mon roman a été publié grâce à l’aide du forum Jeunes Écrivains, ou les participants en critiquant ce que je postais, m’ont aidé à m’améliorer. Je voulais créer un petit buzz sur internet sans passer par les auteurs traditionnels, mais mon roman fait 300 pages, et c’est long à partager. Je me suis donc adressé à des maisons d’éditions alternatives notamment Chloé des lys, crée par des auteurs pour des auteurs, ce n’est pas Gallimard mais il y a possibilité de faire des chouettes rencontres et cela permet un premier contact avec le milieu..

 

Penses-tu qu’envoyer ses manuscrits par la poste est un moyen de se faire éditer?

 

Oui, mais il faut choisir son éditeur et être réaliste, il y a plein de jeunes qui réutilisent les abominations dans le genre d’Eragon et l’envoient à Gallimard. La grande édition veut des auteurs connus alors qu’il y a des tas de petites maisons d’éditions tout à fait honnêtes qui sont prêtes à découvrir des jeunes  auteurs.

Comment as-tu fait pour publier ton second roman La petite femme aux cigarettes aux Editions Chloé de Lys sans subir la malédiction du second roman qui veut que les auteurs aient les plus grandes difficultés à le faire publier?

 

Il a été accepté par le comité de lecture en montrant ma capacité à me renouveler, contrairement à beaucoup d’auteurs qui tombent dans le piège, après le succès de leur premier roman, de continuer sur la même lancée.

 

Comment tu te vois dans 10 ans?

 

J’espère avoir publié d’autres romans parce que je suis quelqu’un d’assez productif, le premier était à peine publié que le second était déja bouclé.  J’espère aller plus loin dans la recherche, avoir un fond toujours plus intéressant, essayer de me nourrir d’autres influences, pourquoi pas écrire un thriller qui est un genre en adéquation avec notre époque. Les gens stressés aiment le suspense qui les sort de l’ordinaire. Mais pour cela il faudrait que je sois un auteur moins bordélique!

J’aimerai continuer mon projet musical sérieux, faire d’autres rencontres intéressantes.

Je ne suis pas particulièrement ambitieux, l’essentiel est de faire ce que j’aime, rencontrer des gens qui humainement ont des choses à m’apporter et être lu.

 

Dans tes textes tu as la volonté de dépoussiérer les mentalités, montrer aux gens ce qu’ils ne parviennent pas à voir. As tu envie de révolutionner le monde littéraire?

 

Révolutionner est un grand mot, mais je veux que les gens s’offusquent des injustices que je dépeins dans ce que j’écris. Ce système est malhonnête et je veux mettre une claque au lecteur, dans le bon sens du terme.

 

Quelque chose à ajouter?

 

Pas grand chose, je suis ravi d’avoir fait cette interview, c’est une rencontre de plus et j’espère que les gens auront envie de se plonger dans  cet univers particulier qui est le mien et qu’ils se retrouveront dans ce que je fais.

Pour en savoir plus sur Florian, regardez son slam, Le luxe et l’intox et retrouvez les textes de Florian sur ses blogs Le Temps de l’albatros, et Arrache Coeur.

 

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