Top 10 2015

2015 a été riche en beaux films et en cinéma original. L’année a eu son lot de suites, d’adaptations faciles, mais a aussi connu le premier film de superhéros français (Vincent n’a pas d’écailles de Thomas Salvador), un film d’horreur original et réfléchi, ce qui est rare (It follows de David Robert Mitchell), de l’humour suédois caustique (Snow Therapy de Ruben Östlund)… Néanmoins ce top est plus classique mais regroupe des réalisateurs qui ont déjà fait leurs preuves et qui continuent…Un top assez international avec des films français, américains, belge, grec, hongrois, iranien et anglais.

Hors catégorie : The Lesson de Christina Grozeva et Peter Valchanov

Non, ce n’est pas le film de l’année. Mais je ne pouvais m’empêcher de citer ce joli film bulgare, avec beaucoup de subjectivité. Retrouver la province de ce pays, ces gens, cette langue et bien sûr tous ces petits riens qui me rappellent avec nostalgie mes deux ans là-bas. Le film développe des problématiques propres au pays (corruption, pauvreté) mais avec de belles valeurs défendues par une excellente comédienne.

10- La Vie très privée de monsieur Sim de Michel Leclerc

Un rôle de composition pour Jean-Pierre Bacri qui joue du Jean-Pierre Bacri mais qui le fait si bien. Un road-movie dans la campagne et les zones commerciales des banlieues des grandes villes souvent oubliées. La discussion (et séduction) de l’acteur avec son GPS n’est pas sans rappeler le film Her de Spike Jonze. Un petit bijou sur le sens de la vie (oui rien que ça). Vincent Delerm signe la musique, avec des petites notes acidulées qui accompagnent délicieusement le propos.

9- La Tête Haute d’Emmanuelle Bercot

Il s’appelle Malony et il n’a pas eu de chance à la naissance. De familles d’accueil en foyers, suivi par une juge pour enfants et un éducateur, il traine tout son désespoir avec lui et de bêtises en actes de délinquance devient peu à peu un petit caïd. Mais contrairement à d’autres films qui montreraient une chute aux enfers, celui-ci parvient à sortir toute l’humanité de ce triangle (Deneuve, Magimel et le jeune Paradot) et montrer que tout n’est pas aussi manichéen qu’on veut bien le croire.

8- Taxi Téhéran de Jafar Panahi

Interdit de tournage en Iran, le réalisateur le plus fameux d’Iran cache une caméra dans un taxi, se fait passer pour un chauffeur et film. A mi-chemin entre fiction et documentaire, cet objet cinématographique nous entraîne dans le Téhéran des classes moyennes, entre religion, censure, mais surtout vie quotidienne, petites libertés et dialogues parfois incisifs. Le réalisateur, à la limite du taiseux, laisse ici parler ses personnages et permet aux spectateurs occidentaux de découvrir un Iran peu connu finalement.

7- Vice Versa de Pete Docter

Une excellente idée de départ qui se transforme en superbe film. Et si notre cerveau était dirigé par 5 entités : Joie, Peur, Tristesse, Colère et Dégoût qui s’assureraient chacun de notre vie ? Une idée assez enfantine au départ qui se révèle absolument efficace même pour les adultes (contrairement à ce qu’avait pu raconter un journaliste du Figaro). C’est là toute l’intelligence du film qui parvient à parler au public dans sa globalité et à révéler quelques questions existentielles qu’on n’avait pas vu venir…

6- Une belle fin d’Uberto Pasolini

Il fait un drôle de métier. Quand une personne décède, il est chargé de retrouver ses proches et le cas échéant, d’écrire un éloge funèbre et d’organiser dignement l’enterrement. Cela paraît assez glauque dit ainsi, pourtant il n’en est rien. C’est un film très émouvant, très anglais au bon sens du terme, avec l’humour qui peut aller avec. Un film sur la vie qui interroge l’universel, le poids du quotidien et de la solitude, la perte de repères sociaux dans les sociétés contemporaines. Magnifique.

5- Caprice d’Emmanuel Mouret

Vouant presqu’un culte à ce réalisateur et me plaisant à le revoir tourner une comédie avec Anaïs Demoustier, qui (avec Emilie Dequenne), est l’une des meilleures comédiennes de sa génération, je ne pouvais m’empêcher de placer cette nouvelle œuvre dans mon top 10. Les défauts des films de Mouret sont autant de qualités : excessif pour certains, il tire pourtant les fils de la comédie comme l’a fait Tati avant lui. Vaudeville contemporain, Caprice est universel et provoque rires et émotions sur un ton littéraire et « cultureux » assumé et délieux.

4- Le Tout Nouveau Testament de Jaco Van Dormael

Il y a quelques années, le réalisateur belge avait signé Mister Nobody, pépite restée inconnue. Avec Poelvoorde, il accède enfin à la notoriété. Son Tout Nouveau Testament est en effet génial : et si Dieu vivait à Bruxelles ? Et s’il était odieux ? S’il avait une fille qui balançait à tout le monde sa date de décès ? Improbable ? Et pourtant ! Un film drôle et poétique dans un univers singulier agrémenté de nombreuses idées, inventions et personnages hauts en couleur. Le film belge de l’année !

3- Seul sur mars de Ridley Scott

Suite à un problème technique, Matt Damon se retrouve abandonné par ses coéquipiers de mission, seul sur Mars (comme l’indique donc le titre). On pourra penser à un film de science fiction assez banal (comme le fut Gravity il y a deux-trois ans). Loin de là. N’est pas Ridley Scott qui veut, et outre un petit science-fiction qui fonctionne bien, le film offre ce qui fait l’essence même du cinéma : aventure, décors incroyables, suspense, et surtout beaucoup d’humour ! Palpitant de bout en bout, incroyable (au sens qui n’est pas croyable) mais néanmoins carrément efficace. On en redemande !

2- Le Fils de Saul de László Nemes

La Shoah est-elle filmable ? Spielberg proposait le noir et blanc teinté de rouge, Lanzmann le documentaire, Benigni la comédie en carton pâte, Nemes propose un angle resserré, un regard d’homme plongé dans l’enfer des camps d’extermination et des Sonderkommandos. Sans jamais rien montrer, le réalisateur, sûrement plus encore que dans d’autres films, parvient à montrer l’horreur dans toute cette absence d’humanité ou plutôt de tout ce qui reste encore d’humanité même au fond de l’enfer.

1- The Lobster de Yorgos Lanthimos

Son précédent film, le génial Canine, brillant d’inventivité, de situations malsaines et dérangeantes, conceptuel et efficace, provoquait une vraie gifle. Le réalisateur grec s’entoure, cette fois, pour son Lobster pléthore d’acteurs américains connus et renommés. Concept différent cette fois : dans une société où le couple est la norme, les célibataires vivent au rang de reclus dans un hôtel sordide où s’ils ne trouvent pas leur moitié, ils sont transformés en animaux. Sous cette bizarrerie, se cache un film encore plus inventif, parfaitement maitrisé et une dénonciation, en fond, des obligations imposées par la vie sociale contemporaine. Un réalisateur à découvrir ABSOLUMENT !

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