The Thick of It – ou comment tuer toute envie d’une carrière en politique











Il existe un bon nombre de séries ayant pour thème principal la politique ; et pourtant, ce ne sont pas celles qui sont généralement citées en priorité dans les tops des séries par le public, que celui-ci soit français ou anglais. Un constat que les plus réactifs s’empresseront de balayer avec des noms tels que House of Cards ou encore Borgen ; sans compter les séries mettant en scène des organes d’enquêtes ou des entreprises qui se servent de la politique comme d’un élément scénaristique. Certes, certes. Toutefois, deux noms et quelques citations font un peu pauvres en comparaison de tous les épisodes aux thèmes policiers, fantastiques ou criminels auxquels la plupart pensent quand on parle de productions TV.

Comme vous l’aurez compris, avec The Thick of It, vous pourrez ajouter un nom en plus sur la liste des séries portant uniquement sur un gouvernement et les interactions entre ses représentants, politiques donc.
Mais je vous vois faire un mouvement de recul. “Politique” a la fâcheuse tendance à rimer avec chiant (et pourtant, en poésie, ça ne rendrait pas bien du tout). Aucun risque ici ! The Thick of It est une série humoristique: les grandes scènes de débats stratégiques et de complots de couloirs sont remplacées par des situations de grande dérision et des répliques délicieusement tranchantes.

Rencontre officielle avec le ministère

The Thick of It est une série anglaise, créée en 2005 par Armando Iannucci et diffusée sur BBC Four. Au cours des 4 saisons, plusieurs ministres vont se succéder à la tête du fictionnel Département des Affaires Sociales et de la Citoyenneté (affectueusement surnommé DoSAC d’après son abréviation) et vont faire face, du moins pire possible, à dessituations critiques successives. Parmi les ministres, il y a Hugh Abbot, un cinquantenaire blasé et vite dépassé et Nicola Murray, pleine de bonnes attentions, mais qui va brutalement faire face à la réalité.

Ils sont entourés de conseillers en communication qui resteront les mêmes au cours de la série : Glenn Cullen, un « ancien » qui se fait souvent rappeler son âge, Ollie Reeder, un jeune aux dents longues et facilement impressionnable, et Terri Coverley, une chargée de presse globalement sereine. Tout ce petit monde se fait manager par le redouté et inventif Malcolm Tucker, responsable des relations publiques du Premier Ministre. L’évocation de son nom fait naître la crainte chez beaucoup des protagonistes et l’on comprend rapidement pourquoi.

Chaque épisode apporte son lot de nouveaux problèmes et amène les personnages à prendre des décisions, dont les conséquences sont une grande source de divertissement pour le spectateur. Ces différents personnages sont rejoints, tout au long des épisodes, par d’autres et leurs interactions, leurs relations les uns aux autres et leurs évolutions, vont constituer tout le sel de la série.

Pourquoi suivre la petite équipe ministérielle sans hésiter ?

Armando Iannucci s’est entouré d’une bonne équipe pour l’écriture, et cela donne un ensemble bien construit et agréable à suivre. Et, c’est drôle !
L’humour va venir en premier lieu des situations dans lesquelles vont se retrouver les personnages : une conférence de presse sans annonce, une photo compromettante suite à un placement peu stratégique… C’est toujours plein d’idées et de rebondissements inattendus, illustrant l’instantanéité de l’information et ses effets.
Le deuxième levier de cette bonne comédie ce sont les dialogues. Savoureux, incisifs, fleuris, très imagés, bien rythmés, les échanges sont aussi intéressants qu’hilarants à suivre. Ce qui frappe dans les premiers temps, et qui est principalement évoqué lorsque l’on parle des dialogues de The Thick of It, ce sont les insultes. Oui, le monde de la politique est un milieu stressant et les personnes sont souvent amenées à faire appel à un langage injurieux pour exprimer leur frustration. Parmi les meilleurs représentants de la tendance : Malcolm Tucker, un maître en la matière. Et attention, ce ne sont pas que des successions de f**k ou f***k**g – bien qu’il y en ait beaucoup, il faut l’admettre -, il développe tout un tas d’idées originales sur des objets à combiner avec le corps humain ou encore des parties de ce même corps à détacher de façon plus ou moins douloureuse. Au-delà des insultes, les dialogues sont ponctués de commentaires cyniques, critiques ou pleins d’esprit ; les personnages ne se font pas de cadeau et chacun a une manière bien particulière de faire savoir ce qu’il pense.

Les problèmes et les manœuvres politiques sont souvent rapidement amenés, les personnages vivent la situation de l’intérieur et ne prennent pas toujours le temps de l’exposer (le tout premier épisode en est un bon exemple). Cependant suffisamment d’éléments sont apportés par les dialogues pour vite comprendre et suivre. De plus, les scénarios sont intelligemment articulés sans pour autant être trop complexes. Les histoires sont intéressantes à vivre tout en laissant à la comédie la place de s’installer.

D’ailleurs pas la peine de connaître les coulisses du réel pouvoir Britannique, desquels il est dit que la série fait un portrait satirique, pour apprécier. Sachez toutefois qu’à l’image de l’alternance entre les Tories et les Conservatives à la tête du Gouvernement anglais, une opposition fait son apparition dans la série et que certains des évènements dépeints dans les épisodes s’inspirent de faits d’actualités politiques réels.

Enfin, le style de la série évolue. Il faut savoir que les deux premières saisons sont sorties en 2005, mais que la saison 3 n’est sortie qu’en 2009. Entre-temps, le réalisateur a été très actif. Il a tourné un film spin-off, In the Loop (voir encadré) et a sorti deux épisodes, des Christmas Specials, bien qu’ils soient respectivement diffusés en janvier et en juillet 2007.
Les specials sont plus longs que les autres épisodes, 50 min et 30 min contre 20 min pour les classiques. Ils constituent une bonne transition entre les saisons 2 et 3.

Les deux premières saisons sont filmées avec une caméra épaule souvent en mouvement, ce qui donne des plans très mobiles qui naviguent entre les acteurs de manière assez confuse parfois. Une confusion qui est apportée aussi par le fait que les acteurs avaient une grande liberté d’improvisation et de déplacement au cours du tournage ; la caméra va parfois quitter un personnage, pour revenir tout de suite sur lui après, parce que l’acteur ajoute une ligne de texte. De plus, il n’y a pas de sons ajoutés, pas de musique, pas de rire enregistrés, ni de bruitages, ce qui donne, par moments, l’impression de voir un documentaire dans les coulisses du pouvoir.

Personnellement, je n’ai pas toujours apprécié cette caméra folle. Certaines scènes sont rendues un peu trop anarchiques.
Heureusement, quelques années, deux specials et un film plus tard, Armando Iannucci redonne à la série son côté fiction. La caméra est toujours dynamique, mais les plans sont plus soignés et les compositions des scènes se complexifient.
L’évolution vient aussi du nombre de personnages qui augmente et d’intrigues plus filaires entre les épisodes des deux dernières saisons.

En résumé, 3 Raisons de regarder The Thick of It

  1. Les personnages. J’ai beaucoup parlé de Malcolm Tucker, joué par l’excellent Peter Capaldi (Skins, The Musketeers, Doctor Who). Le spin-doctor du Premier Ministre est mémorable, à chaque fois qu’il est présent, il vole l’attention par sa déferlante verbale. Cependant, il n’est pas le seul personnage et est entouré de très bons rôles que l’on apprend vite à apprécier et à moquer. Je pense notamment à Peter Mannion, joué par Roger Allam (The Queen, V pour Vendetta, Cabin Pressure). Il arrive un peu plus tard en apportant une nouvelle dynamique plaisante.
  2. Les scénarios, qui comme le style, se complexifient et cela ne fait que plus apprécier la série.
  3. L’humour des dialogues et des situations. Je ne saurais le redire suffisamment.

En deux mots : à voir. Très bonne série qui regorge de références à la culture anglaise, une bonne façon de mieux connaître les émissions et séries d’Outre-Manche. Mon conseil : voir la série avec des sous-titres en anglais afin de saisir toutes les subtilités de dialogues, la compréhension demandant un bon niveau en raison du débit rapide de parole.

 

“Now get this into the noggin, right? You breathe a word of this, to anyone, you mincing fucking CUNT, and I will tear your fucking skin off, I will wear it to your mother’s birthday party, and I will rub your nuts up and down her leg whilst whistling Bohemian fucking Rhapsody, right!?”

In The Loop

Sortie en avril 2009 au Royaume Uni et réalisée par Armando Iannucci, le film reprend des rôles et des acteurs de la série.
Les gouvernements anglais et américains sont sur le point de lancer une guerre au Moyen-Orient, les équipes de communication des deux pays se rencontrent pour en discuter, tout en essayant de s’organiser en interne.

Le film reprend bons nombre d’éléments qui font la force de la série. L’ajout d’un groupe américain à celui anglais plus familier, donne du piquant aux situations. Les interactions, auxquelles nous étions habitués avec la série, sont souvent bouleversées. Les problèmes de communication et les réactions à ces problèmes sont au cœur du scénario. Le réalisateur a réussi à incorporer l’essence de la série dans le film qui trouve relativement bien ses bases entre les discussions stratégiques, les échanges incisifs et la comédie de situations.
Je dis relativement, toutefois, parce que j’ai trouvé que le film manquait parfois un peu de rythme, en s’éternisant un peu trop sur certaines scènes. Soyons clair, j’ai beaucoup apprécié ce film, mais ce sont les épisodes de la série que je revois avec plus de plaisir. Et je recommande vivement de voir toute la série avant de voir le film.

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