Masculin / Masculin – Exposition Musée d’Orsay

C’est le samedi 28 septembre 2013 que je me suis retrouvé dans une foule compacte au Musée d’Orsay, en train de faire la queue pour voir LA fameuse exposition consacrée à la représentation de l’homme nu dans l’art. La figure masculine nue attire beaucoup de monde : entre les intellectuels qui viennent pour analyser cet art et ceux qui veulent se régaler les yeux (pour ne pas dire se rincer l’œil !), ça fait quand même du monde. Aussi, pour les moins de 26 ans ressortissants de l’UE (comme moi !), c’est gratuit ! Ce qui n’est pas toujours le cas pour une expo temporaire, alors on en profite.

Cette exposition Masculin / Masculin célèbre le corps de l’homme en retraçant plus de deux cents ans d’art (de 1800 à nos jours) à travers soixante-dix peintures, une vingtaine de sculptures, ainsi que de nombreux dessins et photographies. Il est important de noter que c’est la première fois qu’une expo uniquement portée sur l’homme, et sur plus de deux cents ans d’histoire de l’art, est réalisée en France. Toutefois, cette exposition parisienne fait écho à celle du Leopold Museum de Vienne à l’automne 2012, sur le même sujet, et qui était de plus grande ampleur.

Le parcours est davantage thématique que chronologique, et peut perturber le visiteur qui viendra pour analyser l’évolution de la figure nue masculine dans le temps. Le fait de mélanger des œuvres sans prendre en compte le contexte des époques (contexte qui est porteur de questions politiques, morales, sociales et artistiques) est un parti pris qui peut troubler. En revanche, cette disposition est ludique, et les thèmes sont plutôt intéressants. Les explications fournies dans chaque salle nous apportent assez d’informations sur les différentes postures de l’homme nu dans l’art.

Masculin / Masculin est portée sur le nu. Mais qu’est-ce que le nu ? Pour qu’une représentation soit considérée comme « un nu » et entre dans la définition du genre artistique, il faut qu’il y ait « de la forme ». Ainsi, un corps représenté par des bâtonnets comme dans l’érotique chinoise n’est pas un nu. Un corps peut donc être dans un état de nudité sans pour autant être reconnu comme un nu. Le nu a souvent fait polémique dans l’histoire de l’art ; selon les époques il a pu être perçu comme obscène, la nudité se confrontant à la norme de la décence et la bienséance. Aujourd’hui nous dirons que seul(es) les effarouché(es) seront choqués : « Nan mais OHhhhh quelle débauche » ! D’ailleurs, « Le musée vous informe que certaines des œuvres présentées dans l’exposition sont susceptibles de heurter la sensibilité des visiteurs » ! Nous voilà prévenus.

Je vais revenir sur trois thèmes qui m’ont marqué en les illustrant par des œuvres : l’homme héroïque, le mâle/ le mal, et l’homme fragile.

L’homme héroïque

Deux œuvres : Mercure de Pierre et Gilles (France, 2001, modèle : Enzo Junior), et Le Berger Pâris de Jean-Baptiste Frédéric Desmarais (France, 1787).

Mercure-©-Pierre-et-Gilles.-Courtesy-Galerie-Jérôme-de-Noirmont-Paris Mercure de Pierre et Gilles (France, 2001, modèle : Enzo Junior)Mercure est le dieu du commerce, des voyages et messager des autres dieux dans la mythologie romaine.

01.-Desmarais_Berger-Paris-2Le Berger Pâris de Jean-Baptiste Frédéric Desmarais (France, 1787). Pâris, prince de Troie élevé par des bergers, tient la pomme d’or qu’il attribuera à la plus belle des déesses et déclenchera la guerre de Troie.

Héritage de la Grèce antique, le héros, qu’il soit Dieu (Mercure), demi-dieu, ou simple mortel (Le Berger Pâris), est un idéal à atteindre. Il y a une correspondance entre l’anatomie et la vertu du héros qui « renvoie à la conception néo-platonicienne liant le beau et le bien ». La mythologie et l’épopée d’Homère déclinent les destins fatals et les passions destructrices des héros. Au XIXe siècle, la force guerrière du héros est valorisée par un climat d’affirmation patriotique. Puis, le regard porté sur le corps est plus médical ; au XXe siècle c’est le sport qui fascine et qui construit l’image de l’homme athlète qui sera utilisée par les régimes totalitaires en Allemagne et en Italie.

Le mâle / le mal

Une œuvre : L’Ange déchu d’Alexandre Cabanel (France, 1847)

Cabanel_Ange_DechuL’Ange déchu d’Alexandre Cabanel (France, 1847). L’ange déchu est un ange qui s’est rebellé contre Dieu. Désormais exilé sur Terre et abandonné par ses pairs, il est habité par une telle souffrance que seul le suicide ou la vengeance seraient une échappatoire.  Il est peint comme un héros, son regard est tragique mais rempli de défi (si intense qu’il m’a donné des frissons). Ses ailes qui s’assombrissent et sa chevelure de feu laissent comprendre que l’ange déchu, ou Satan, est possédé par le mal.

L’homme fragile

Deux œuvres : Égalité devant la mort de William Bouguereau (France, 1848), et Would-Be Martyr and 72 virgins de David LaChapelle (USA, 2008)

08._bouguereau_egalite_devant_la_mort_500 Égalité devant la mort de William Bouguereau (France, 1848). Un ange de la mort recouvre d’un linceul le cadavre nu d’un jeune homme. Cette représentation accentue le caractère inéluctable de la mort. Le peintre met en garde, il a d’ailleurs laissé cette note sur un dessin préparatoire : « Égalité. Lorsque l’ange de la mort étendra sur vous son linceul, à quoi vous aura servi la vie si vous n’avez fait le bien sur la terre ».

lachapelle 72 virginsWould-Be Martyr and 72 virgins de David LaChapelle (USA, 2008). LaChapelle, avec son style provocateur et ses couleurs très vives, représente un homme allongé, victime et otage de poupées voilées symbolisant les 72 vierges.

Contrairement à l’homme héros qui adopte une posture virile et invincible, l’homme fragile est tourmenté ; il revêt une allure plus féminine (allongé, courbé, voire prosterné). C’est assez tardivement (vers le XIXe siècle) que les artistes proposent des œuvres révélant des corps « faibles, impuissants, meurtris par la guerre et la faim ».

Masculin / masculin est une expo que je recommande ! Toutefois, si vous voulez qu’il y ait moins de monde pour une meilleure expérience, patientez un peu avant d’y aller. J’aurais aimé être moins oppressé par les visiteurs… Oh, et si vous avez de la chance, vous verrez peut-être un visiteur qui fera honneur à cette expo, en se présentant dans le plus simple appareil

Infos utiles :

– Lieu : Musée d’Orsay (1 Rue de la Légion d’Honneur, 75007 Paris), ligne 12 métro Solférino / RER C
– Dates : du 24 septembre 2013 au 2 janvier 2014.
– Horaires : 9h30-18h | nocturne le jeudi jusqu’à 21h45 | fermé le lundi
– Prix : tarif normal 12€, tarif réduit 9.5€, et gratuité pour les moins de 26 ans de l’UE
– Site du Musée

Jérôme Laizin

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