La nouvelle vague: Mario Epanya

J’ai découvert le travail de Mario en lisant Ghubar Magazine et Fashizblack. Cet un photographe capable de se relever des ses cendres, qui a une vision claire et prêt à révolutionner les choses. Il a lancé récemment son magazine Wrinkler et a une foule de projets qui l’attendent…

Comment as tu commencé la photo, et quand as tu su que tu en ferais ton métier?

Je n’ai commencé la photo que récemment. Je dessine et peins depuis que je suis très jeune et j’ai été exposé dès l’âge de 16 ans lors de la semaine culturelle camerounaise. L’organisatrice qui a eu quelques soucis avec le staff makeup ,  m’a demandé si j’en connaissais un et je lui ai dis que je pouvais le faire. Il s’agissait du défilé José Esam . Le résultat a beaucoup plu au public et c’est comme ça que je suis devenu coiffeur/maquilleur.

Arrivé en France en 2000, j’ai commencé comme assistant maquilleur sur des shoots, ensuite j’ai rencontré Alain Herman, photographe par le biais d’une amie, Kimi Khan. Je suis devenu son maquilleur et  jouais  de temps en temps le rôle de directeur artistique sur certains de ses shoots et tout cela  m’a donné envie d’aller plus loin.

De 2005 à2007 ,J’ai travaillé pour Jacques Dessange paris en tant formateur  et maquilleur studio. Début 2007  j’ai démissionné pour devenir indépendant et créer Mario Epanya productions.

Avec du  recul. Je me suis rendu compte que j’avais toujours voulu faire de la photo alors je me suis dit « pourquoi pas? ».  C’était un challenge pour moi et ça rendait les choses plus intéressantes. Avec mes économies, je me suis équipé et j’ai commencé des collaborations avec des agences de mannequins,des magazines ensuite tels que Crawfork,Psychologies UK,Amina,Ghubar…

En 2010  j’ai fait des photos pour la campagne mondiale de la marque de maquillage  True Colors, le rêve de tout photographe.

Quel a été le tournant dans ta carrière?

Le tournant a été Vogue Africa. Avant j’étais un photographe dans la masse, et depuis je suis reconnu comme l’un des rares qui sublime la beauté noire.  J’ai grandi au Cameroun, j’ai découvert Vogue grâce à ma mère. En venant en France j’ai continué d’en acheter, en me demandant pourquoi il n’y avait pas des femmes comme elle à l’intérieur. J’étais très enthousiaste pour Vogue Africa. Je me disais qu’il n’y avait aucune raison que l’on me dise non. J’ai crée des couvertures de Vogue Africa avec mes photos, et elles ont fait un buzz. Le président de Condé Nast France, par l’intermédiaire d’une ses connaissances, estimait que le sujet n’était pas d’actualité . D’après lui il n’y a pas de culture mode en Afrique, et le continent ne représente pas un assez grand marché contrairement à la Chine et à l’Inde.

En tout cas, mon idée de Vogue Africa a fait des émules puisque Vogue Italie s’en est inspiré pour crée leur section  » Vogue Black » quelques mois après.

Depuis j’ai tourné la page. J’ai découvert que mon travail était apprécié, j’ai écouté les conseils des gens qui me disaient que je n’avais qu’à créer mon propre magazine, et j’ai sorti Winkler.

Parle nous un peu de Winkler!

L’Afrique est un continent riche, de son histoire et de ses cultures. Winkler veut dire « clin d’œil « en français, et je fais un clin d’œil à la culture africaine.  Je veux que l’on puisse créer nos propre médias. Le premier numéro est sorti le 8 mars 2011 et est dédié à l’évolution de la Beauté Noire. Le magazine est bilingue, décode les codes esthétiques. Sa parution est bimestrielle pour l’instant ,mais dès l’année prochaine je veux sortir au moins un  ou deux numéros collectors  par an en version papier. Je veux que Winkler magazine tienne sur la durée, qu’on ait une équipe, des locaux, etc…

Pour l’instant c’est moi qui s’occupe de tout: Promotion ,réalisation,Graphisme,retouches,choix d’images et direction artistique ,pour les articles  dans Winkler magazine .  je demande l’aide de Fatou N’Diaye, ainsi qu’un journaliste sud africain Innocent Ndlovu ou encore la bloggeuse Aubadya pour  les articles.  Winkler s’adresse à ces gens, ces consommateurs blacks qui ont l’impression d’être mis de côté par les médias mainstreams. 

Dans l’avenir, je prévois de créer Winkler New Faces pour les jeunes femmes voulant se lancer dans le mannequinat. Ce sera un concours leur permettant de remporter la couverture de Winkler et d’être signées dans une agence de mannequin. On aura un partenariat avec des associations de lutte contre le sida et contre la violence faites aux femmes parce qu’il est important de pouvoir  associer la mode au caritatif ,c’est bien de recevoir,mais il faut savoir donner aussi  aux autres.

Quels conseils donnerais-tu aux jeunes photographes?

Il faut savoir se vendre. 80% des artistes ne savent pas le faire, et j’en faisais partie moi aussi. Aujourd’hui on ne peut plus se permettre de ne pas le faire.

Il faut avoir un style, un univers, une vision du monde unique. Pour ma part, je montre la femme noire telle que je la vois à travers ,mes soeurs, mes amies ou connaissances professionnelles et la projette dans un futur proche . Il faut aussi passer du temps au téléphone pour prendre des rendez vous, avoir beaucoup de culot, avec les agences, les rédactions, etc. Utiliser les réseaux sociaux, internet en général pour avoir une e-réputation. Aujourd’hui tout le monde google tout le monde. Il faut faire attention à ne pas se faire exploiter par des gens qui ne voudront pas payer vos photos, etc.

Quel matériel utilises tu?

J’utilise uniquement la marque Nikon. Mon appareil  est un Nikon D300S avec vidéo. Les objectifs sont bons, et la qualité est la meilleure. La gamme de prix va de 850 à 7000euros. J’utilise des objectifs à focale fixe pour plus de netteté.

Pour l’éclairage, j’utilise des soft box et lumière naturelle quand il fait beau . Au niveau du rendu il y a plus de douceur. Je fais beaucoup de retouches aussi ,je préfère les photos travaillées. Un ami photographe m’a montré comment faire. Pour moi la retouche me fait un peu pensé à la peinture que je faisais avant, cela donne de l’intensité, améliore le grain de peau.intensifie les couleurs, rehausse le grain et l’éclat d’une photo. Je m’amuse aussi beaucoup avec le photomontage.

Comment trouves-tu tes modèles, ton équipe?

Je photographie tout seul sauf quand il y a plusieurs modèles. Le fait d’avoir été maquilleur/coiffeur, me donne les compétence pour m’occuper seul du look d’un modèle. Je trouve celles ci dans la rue, sur Facebook ou en agence. Je les aborde, leur dit que leur profil m’intéresse, que c’est sérieux et je leur laisse ma carte. Ce que je recherche chez un modèle c’est du charisme, un assurance.  Je n’ai pas de critère physique, je travaille avec tout le monde. Je préfère des modèles en forme et qui respirent la joie de vivre que des filles décharnées qui tirent la gueule, comme on en voit trop malheureusement.

Avant mes shoots je dessine sur mon carnet en définissant la pose du modèle, sa coiffure, les couleurs utilisées, l’éclairage, etc . Ensuite je fais venir le modèle deux heures avant, pour éviter les contretemps. Je suis très organisé.

Est ce que tu veux faire des photos de mode ou t’aventurer dans d’autres domaines?

Je suis spécialisé dans la mode et la beauté seulement et je ne veux pas m’éparpiller. La Beauté, c’est mon domaine.

Comment se déroule une journée type pour toi?

Je me lève à 7h30, je vérifie mes mails, fais des retouches de mes photos, passe des coups de fils pour des rendez vous, rencontre des mannequins. Ensuite je rentre chez moi, je retouche de nouveau mes photos, mets à jour mon site, discute sur Skype, etc.

Quels sont les avantages et les inconvénients d’être photographe?

Les avantages sont que les personnes évoluant dans le milieu de la mode m’encouragent, me persuadent de donner le meilleur de moi même.  Ensuite, en très peu de temps on peut se faire beaucoup d’argent si on décroche les bons contrats.  On a des invitations pour assister  à la fashion week, aux vernissages ,openings,  ce qui n’est pas négligeable.  On est invité à donner son point de vue sur des sujets de société, sur le monde à travers des interviews.  Et le regard que je porte aux femmes à travers mes photos, le relooking permettent de redonner confiance aux modèles qui ont une mauvaise estime d’elles.

Les inconvénients sont qu’on attire tout et n’importe quoi, les gens intéressés, pas professionnels, la méchanceté gratuite de personnes qui critiquent tout travail sans raison.

Il y a plus d’avantages que d’inconvénients, définitivement.

Quels sont tes projets en ce moment?

Mon exposition Glamazonia, qui se déroulera du 1er au 6 octobre au Chateau de la loupe. Le prochain numéro de Winkler est mis en ligne le 1er novembre et je vais me rendre au Brésil et en Afrique du sud ou des investisseurs sont intéressés pour sortir une version papier  de Winkler magazine.

Pour en savoir plus sur Mario, visitez son site.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.