Interview with Jean-Louis Darville

Un humour explosif, des pièces plus dingues les unes que les autres et un culot d’enfer… C’est avec grande joie que j’interviewe Jean-Louis DARVILLE, le metteur en scène français en vogue de Los Angeles !!!!

Christelle Da Silva : Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?

Jean-Louis Darville : Commençons par le tout début. J’ai quitté l’école à 16 ans, car j’en avais marre d’être encadré par l’autorité scolaire. Comme j’ai passé la plupart de mon enfance dans des pensions et des collèges privés, j’avais une grande soif de liberté. Mes premiers boulots étaient surtout dans la restauration et la vente. J’ai toujours su que j’allais être un artiste dans une discipline ou une autre, car c’est dans ce monde là où je me sens le plus à l’aise. (sourire) Au début, je pensais que j’allais être peintre comme mon père. J’avais effectivement un talent précoce dans cette discipline. Puis, mon goût pour la musique m’a piqué et j’ai commencé à composer des chansons à la guitare. Ma première chanson était une lettre d’amour pour une Danoise que j’aimais.(sourire) Un jour, j’ai rencontré une actrice, “Fanny Conttençon”, qui m’a conseillé de faire du théâtre, car elle trouvait mon énergie et physique approprié à cela. Elle m’a donné ma première leçon d’acteur. Ensuite j’ai tout de suite pris des cours avec “Alexandre Arbatt”, un acteur russe expatrié qui enseignait la méthode “Stanislavski” à Paris. C’est là que j’ai compris que j’avais trouvé ma vocation. J’ai commencé à lire beaucoup de pièces de théâtre et des livres sur les méthodes d’acteur.

Aux USA j’ai continué à étudier avec “Jean Shelton” à San Francisco, “Éric Morris” et “Geraldine Baron” à Los Angeles. “Paul Verdier”, le directeur du “Stages Theatre Center”, m’a donné ma première chance à Los Angeles en m’invitant à jouer dans «1789», une reprise de la célèbre pièce du “Théâtre du Soleil”.”Ariane Mnouchkine” lui en avait autorisé les droits et donnée sa bénédiction.

Je me suis retrouvé entouré d’acteurs fantastiques dans un projet fascinant, “La Révolution Française”. Je me suis fait remarqué par Paul qui m’a employé plusieurs fois, ensuite dans des futurs projets, tels que “Les chaises” de Ionesco, “Contes” de Daniel René Dubois, “Dormez Je le Veux” de Georges Feydeau.

C’est dans “Les Chaises” que j’ai rencontré “Lisa Forté”, une actrice française. Comme nous avons eu beaucoup de succès avec cette pièce jouée en Français en alternance avec la version américaine, nous en avons déduit qu’il y avait un public français à Los Angeles et qu’ils étaient avides de théâtre dans leurs langues maternelles. Ça a fait “tilt” dans ma tête et ainsi est née l’idé d’”Euro-Theatre”. Une compagnie de théâtre française qui jouerait en français à Los Angeles.

J’ai donc formé la troupe “Euro-Theatre” avec Lisa et deux autres acteurs français. Notre première production fut “Le Père Noel Est Une Ordure” dirigée par le prestigieux “Florinel Fatulesco”. L’équipe du “Splendide” nous avait accordé les droits, choses difficiles à l’époque à ce qu’il parait, car il fallait que toute l’équipe soit d’accord vu qu’ils sont tous auteurs de cette pièce fétiche. Cela a été un succès fulgurant. C’était un délice que d’entendre des Français rire en unisson dans une salle à Los Angeles. De là, nous avons enchainés les pièces les unes après les autres que j’ai eu l’honneur de diriger tels que “Les Précieuses Ridicules”, “Les fables de La Fontaines”, “Le Festival Guy Foissy”, “Dormez Je le Veux” (co-produite avec Stages et dirigée par Fatulesco),On choisit pas sa famille” et “La Zizanie au Consulat”. Toutes nos pièces ont été des succès, et les gens en demandaient plus. Un vrai bonheur. (sourire)

Après “On choisi pas sa famille”, j’ai décidé de prendre un break avec “Euro-Theatre” car je me retrouvais souvent à faire la majorité du travail dans la compagnie. J’ai donc rejoint l’”Actors Gang”, la fameuse compagnie théâtrale de grande renommée de “Tim Robbins”. Je pouvais être simplement acteur sans me soucier de tous les détails en tant que producteur/metteur en scène. Là, j’ai appris beaucoup de choses et ai eu le plaisir de jouer dans plusieurs pièces dont “Tartuffe”, “Love’s Labors Lost”, “Klüb”, “Break The Whip”, “Red Noses”, “Katie The Curse” (Taming Of The Shrew). Aussi, j’ai commencé à m’intéresser à l’art du clown et ai eu la chance de me faire remarquer par le “Cirque Du Soleil”. Ils m’ont embauché pour une tournée de six mois sur la côte est des États-Unis dans leur célèbre show “Alegria”.

Après ce long break, “Euro-Theatre” a commencé à me manquer et c’est ainsi que “La Zizanie au Consulat” m’a servi de comeback.

C.D.S : Qu’est-ce qui vous a poussé à travailler aux États-Unis, particulièrement à Los Angeles (L.A) ?

J-L.D : J’ai atterri à San Francisco (S.F) avec ma petite amie Camilla, fin 80. On venait travailler en couple au pair dans une famille logée à San José (S.J) à quelques kilomètres de S.F. On devait s’occuper de quatre enfants pendant un an. Cela nous avait paru formidable au début comme aventure. Trois mois plus tard, nous avions compris que de s’occuper de quatre enfants, deux jumelles de un an, une de trois ans et une de cinq ans, c’était un travail à plein temps. Entre les couches et les biberons, on était crevé et on se sentait coincé à S.J qui n’est pas S.F. Alors, nous avons pris congé et j’ai trouvé un boulot de serveur à S.F. Plus d’argent et de liberté ! L’année est passée très vite et Camilla voulait revenir en Suède. Je l’ai laissé partir, triste, mais décidé à rester plus longtemps, car je sentais que j’en avais besoin. L’énergie de ce pays avait une emprise sur moi. Une fois seul, je me suis senti tellement triste à S.F que soudainement j’étouffais dans cette ville qui me rappelait ma chérie à tout coin de rue. Alors, j’ai décidé de partir à Los Angeles, car une amie de mon frère avait acceptée de m’héberger pendant quelques temps.

Au premier abord, je n’ai pas aimé Los Angeles du tout, car comparé à San Francisco et Paris, je trouvais ça super moche. Mais petit à petit, j’ai appris à apprécier ses qualités. Le temps par exemple, qui est un luxe dont tout le monde peut profiter. En gros, ce n’est pas Hollywood ou autre chose de précis qui m’a amené à Los Angeles, mais simplement une opportunité loin de S.F.

C.D.S : Les financements pour monter une pièce à L.A, sont plus faciles à obtenir qu’en France ?

J-L.D : Je n’ai aucune idée de combien ça coûte ou de comment trouver de l’argent en France pour monter une pièce. J’ai eu la chance de rencontrer “Catherine Popesco”, une Française roumaine, passionnée de théâtre qui a acceptée de financer «Le père Noël est une Ordure» et «Les précieuses Ridicules» . Mais j’ai aussi eu l’idée de nous faire aider par des sponsors français en leur vendant des encarts dans nos programmes. Comme ça, nous pouvions rembourser notre productrice et garder nos bénéfices. On a jamais gardé beaucoup de bénéfices, mais avons réussi quand même à ne pas perdre d’argent ce qui est un miracle dans le théâtre à Los Angeles. C’est moi qui ai financé les autres pièces jusqu’à ce que je rencontre “David Hini-Szlos”, qui est devenu notre financier co-producteur sur “On choisi pas sa famille” et “La Zizanie au Consulat”.

C.D.S : Qu’elle a été la réaction des Américains quand ils ont appris que des Français allaient jouer des pièces de théâtre aux États-Unis ?

J-L.D : Les Americains hallucinent quand je leur explique le concept. (rires) Ils ne se rendent pas compte du nombre de Français qui vivent à Los Angeles. Aussi, ils savent combien c’est dur de faire venir du public au théâtre, vu que cette ville est plutôt centrée sur le cinéma. Quand ils viennent nous voir et qu’ils entendent les Français rires dans la salle, ils comprennent enfin. «La Zizanie au Consulat» est la première pièce où nous avons ajouté des sous-titres. Cela a permis à nos amis américains de nous voir et d’enfin comprendre ce que nous jouions. Ils ont ri et demandé à ce que nous gardions ce concept, donc je crois que ce sera une tradition à partir de maintenant.

C.D.S : Vous êtes auteur de plusieurs scénarios de films et de pièces (“Tête d’oeuf”, “Kid’s Play”, “Ophelia Block”, “Retournement mineur”, “Filet migon”, “La Zizanie au Consulat”…) Avez-vous déjà pensé à écrire pour la télévision ?

J-L.D : Je n’ai pas encore écrit pour la télévision, mais je crois que cela va venir bientôt, car justement j’aimerais adapter ma pièce “La Zizanie au Consulat” au petit écran TV ou Web. Je trouve que ce serait une série sympa pour la TV française.

C.D.S : Si vous aviez des conseils à donner aux futurs metteurs en scène qui veulent faire comme vous, lesquels seraient-ils ?

J-L.D : Le conseil majeur serait : “Faites-le, agissez. Les gens qui en restent aux idées ça pullule dans le monde entier et surtout à Los Angeles. Par contre ceux qui agissent, sont rares. Prenez des risques!”

C.D.S : Quels sont vos futurs projets ?

J-L.D : À la demande de beaucoup de gens, on va reprendre «La Zizanie au Consulat», car trop l’ont loupé la dernière fois. Après, j’aimerais monter une pièce de Molière ou Feydeau. Je ne sais pas encore laquelle, mais je compte sur ma muse qui sait toujours où me guider quand c’est le bon moment. (sourire)

C.D.S : Je vous laisse le mot de fin.

J-L.D : Faire du théâtre français à Los Angeles est un acte d’amour qui demande des fonds et beaucoup d’efforts. L’idéal serait de nous faire aider par la France avec une subvention dédiée spécialement à notre art. Je trouve que c’est important de monter des pièces en français joué en Français ici à Los Angeles. Ça permet au Américains de voir et d’entendre nos grands auteurs classiques ou modernes dans notre belle langue. Nous avons déjà le festival du film Français “COLCOA” où beaucoup d’Américains viennent se délecter dans notre culture. Alors, pourquoi pas du théâtre? “Euro-Theatre” est la seule troupe professionnelle française qui porte ce flambeau. Espérons que cette petite flamme restera allumée pendant longtemps pour continuer d’éclairer le monde avec notre art.

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