Ida, de P. Pawlikowski

Il est de ces films qu’on dit difficiles. Pas évident de les distribuer, pas évident de trouver leurs publics. Ida est de ces films. Un film polonais, en noir et blanc dans cette marée de films américains en 3D, Imax et popcorns garantis, forcément, ça a du mal à trouver sa place.

Pourtant il est de ces soirs où l’on se retrouve devant une salle de cinéma et où ce film est le prochain qui passe, où Télérama a jugé « un éblouissement » et où l’on découvre que Pawlikowksi n’est pas un illustre inconnu. Alors on entre dans la salle. Et l’on confirme le point de vue téléramesque.

Ida, c’est l’histoire d’une jeune fille orpheline qui s’apprête à prononcer ses vœux et à se retirer au couvent. Avant cela, on lui demande d’aller visiter sa tante qu’elle n’a jamais connue et par la-même de découvrir la vie en dehors du couvent, ce qu’on pourrait simplement appeler « la vraie vie ». Mais Pawlikowski n’est jamais dans le jugement.

Ida, c’est surtout la Pologne des années 1960. Une Pologne pauvre, rurale, encore stigmatisée par les atrocités commises par les Nazis. Une Pologne qui n’a pas fini de révéler tous ses morts et tous ses bourreaux. Une Pologne qui se découvre derrière le rideau de fer. Une Pologne qui a toujours souffert et n’en a pas fini. Une Pologne pourtant filmée avec un noir et blanc sublime, une luminosité douce et poétique absolument magnifique qui suggère bien plus qu’elle ne le montre.

Ida, c’est cette relation entre deux femmes que tout oppose mais qui sont unies par leur lien familial et par leur passé. Jeune, gaie, inexpérimentée, elle semble avoir la vie devant elle. L’autre est vieille, mélancolique, sa vie est derrière elle, elle ne semble plus rien en attendre. Mais qu’est-ce que la vie ? Et qu’en faire ? Est-ce danser, rire, flirter, boire, fumer ? Est-ce que vivre, c’est une cigarette ? un concert ? une nuit dans les bras d’un homme ? Ces moments heureux de plaisir correspondent-ils vraiment au bonheur ? Pourtant bien maigres consolations en comparaison de la perte d’un enfant, des souffrances d’être juif en Pologne dans les années 1940.

Mais le bonheur est-il pour autant dans l’abandon de la vie sociale au profit d’une vie en retrait dans l’apparente quiétude d’un monastère ?

Autant de questions que pose le film de Pawlikowski qui a choisi de filmer ses personnages dans des formats originaux avec un cadre qui sous-entend une solitude troublante, tour à tour mélancolique, apaisée ou tragique.

Sans y apporter une réponse claire, le réalisateur s’abstient néanmoins de juger et comme dans tout bon film, au spectateur d’apporter sa propre pierre à l’édifice.

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