Entretien: Navo


Pour obtenir cette interview de Navo, alias Bruno Muschio, j’ai du subir de nombreuses épreuves incluant de courir dans Paris pour retrouver son distributeur et des exemplaires tous neufs du premier tome de la Bande pas dessinée. En plus de ne pas dessiner, il écrit des sketches pour l’humoriste Shirley Souagnon et des membres du Jamel Comedy Club.


Quand as-tu commencé à écrire des textes que tu estimais suffisamment bons ?


Ben, j’en sais rien, si ça se trouve, j’écris encore de la merde! Je suis pas comme toi, je n’ai pas commencé à écrire des nouvelles à 7 ans! (note d’Aude: Ce que j’écrivais était franchement nul à cette époque!)
J’ai toujours écrit, mais je m’y suis vraiment mis il y a un an, quand j’ai compris qu’à cause du boulot alimentaire que je faisais, je ratais des opportunités professionnelles, des occasions d’écrire pour des humoristes.
J’ai écrit pour Kheiron et ensuite pour l’émission “Comedy Club Live” et quand j’ai vu que ce que j’écrivais passait bien sur scène et faisait rire les gens, j’ai décidé de devenir auteur à plein temps.Enfant, tu voulais…
Assez vite, j’ai su que je voulais faire quelque chose de créatif. Je voulais écrire mais pas dans le sens traditionnel du terme. Je ne pourrais pas écrire un roman, je m’arrêterais rapidement parce que ça doit être chiant à la longue d’être sur la même histoire.


Comment devient-on auteur pour humoriste ?


J’ai rencontré Kheiron, comédien, quand on était enfant et on est restés amis. Quand il a commencé à faire du stand up, puis le Jamel Comedy Club, il m’appelait pour avoir des avis sur ses sketches et l’aider à en écrire des nouveaux. Quand ça a commencé à marcher, il m’a dit “Viens, tu vas être mon co-auteur”. Au Jamel Comedy Club j’ai rencontré d’autres humoristes, dont Shirley Souagnon, et je travaille avec eux.


Comment as-tu réussi à faire éditer la Bande Pas Dessinée ?


J’ai lancé le concept de Bande Pas Dessinée et contrairement à ce que j’aurais pu croire, les auteurs de bd ont bien aimé, comme Martin Widberg, et quand des gens qu’on aime bien aiment bien ce qu’on fait, ça encourage à aller plus loin. J’avais envie de sortir la Bande Pas Dessinée en livre, quitte à le publier moi même, après avoir lancé mon blog qui commençait à bien marcher. J’ai essayé l’auto édition avec le site Lulu mais c’était trop cher. J’ai demandé à mon amie Navie, qui est auteur  de devenir mon agent littéraire. Des bloggeurs comme Peneloppe BagieuMathias m’ont dit qu’un agent littéraire serait mal vu par les éditeurs. Wandrille, co-fondeur des Editions Warum et qui avait remarqué mon blog, a  proposé de m’éditer, je l’ai renvoyé vers Navie, il m’a dit qu’il fallait éviter les agents dans la profession car cela était vu comme de la prétention, je lui ai expliqué que c’était de la fainéantise, surtout. dit que j’allais me griller. On a eu des échanges plutôt marrants et un peu sec et je crois qu’on s’est tous les deux dit “Il est plutôt franc, ce connard” et du coup on a fait le bouquin ensemble.
J’ai accepté et je suis content de commencer avec eux: contrairement aux grosses maisons d’édition, ils ont une vraie passion, ont peaufiné jusqu’au bout mon livre, et le résultat est super.


Parmi les auteurs de ta connaissance ou que tu côtoies, quel est celui que tu estimes être au moins aussi bon que toi ?

Je dirais Yacine du Comedy Club. Il est vraiment le meilleur. Ce gars la il vient du futur, de 2027 et du coup ses blagues personne ne les comprend encore.
A part lui, je suis influencé par Matt Groening, Zach Wiener, l’auteur du Saturday Morning Breakfast Cerealen français. Ce mec est le plus drôle du monde, c’est lui qui a sorti cette phrase “Si vous arrivez à faire passer une erreur que vous avez faite en problème psychologique, ça marche!” et le mec dit à la fille, “Désolé, je suis dyslexique des orifices!”

Tu es plutôt du genre à prendre à prendre ton stylo et ton cahier à spirales ou t’asseoir devant ton ordinateur ?

Je suis plutôt du genre à être assis devant mon pc. J’écris quand je veux, sauf quand je suis obligé d’avoir un rythme régulier. Par exemple, quand j’écrivais pour l’émission de Yacine, Shirley et Dedo “Le Comedy Club Live” on avait une échéance, un nombre de sketches à écrire pour la semaine.
Y’a un accord entre le moi qui bosse et celui qui glande, en général je reste chez moi, je traîne un peu et ensuite j’écris…
Mais j’ai quand même un petit carnet que j’ai sur moi où j’écris mes sketches et les bonnes chutes ainsi que celles à améliorer.

Quels sont les secrets d’une bonne chute ?

C’est la surprise. Je peux trouver une idée marrante qui fera un bon sketch, j’essaye de l’améliorer ou au contraire je peux imaginer sur le moment quelque chose qui fonctionne bien.
Quand j’écris pour les humoristes, l’essentiel pour faire rire le public c’est d’avoir un creux, un temps après la chute qui permettent au spectateurs de rire.

Qu’est ce que tu aimes le plus dans ce métier ?

La liberté, l’idée de créer (si je ne crée rien je me sens inutile), la flexibilité….

Et ce que tu zapperais volontiers?

Rien.

Vraiment? Notre précédent interviewé, Paul Garcia m’a dit que pour lui il n’y avait pas vraiment d’avantages à être auteur quand tu ne parviens pas à décoller !

Dans la vie, tu fais des choix. Si tu as décidé d’être auteur, tu peux pas te dire ”Je vais être milliardaire!”.
Être auteur à plein temps est incompatible avec un travail alimentaire. Je me suis aperçu que je gagnais autant en travaillant que maintenant en tant qu’auteur à temps plein. Galérer, ça fait partie du métier.

Quels conseils tu aurais aimé recevoir quand tu débutais ?

Dilemne, ça s’écrit D-I-L-E-M-M-E et pas D-I-L-E-M-N-E.
Plus sérieusement, il faut savoir être patient (note d’Aude: dit-il en regardant l’horizon façon beau gosse). Quoi que tu écrives, il faut pas l’écrire à moitié parce que tu sais jamais qui va tomber sur tes textes, sur ton blog….
Steve Jobs a dit: ”On ne peut prevoir l’incidence qu’auront certains évènements dans le futur, c’est après coup seulement qu’aparaissent les liens”
C’est l’effet papillon, et le papillon faut pas l’oublier.

D’ici quelques années, tu te vois comme le nouveau Marc Levy ?

Ca me ferait flipper, j’espérais que Marc Levy finirait avec lui même, que personne n’oserait prendre sa suite!
D’ici quelques années, j’espère que j’aurais ma liberté financière et que je serais reconnu en tant qu’auteur et que des humoristes viendront me voir pour travailler avec moi parce qu’ils me trouvent marrant.

Quelque chose à ajouter ?

Le 29 juillet est sorti La Bande pas dessinée dans toutes les librairies, achetez douze exemplaires, vous pourrez les offrir à toute la famille! Comme ça, je pourrais sortir la saison 2 de La Bande Pas Dessinée.
Et puis aussi, restez vous même à vos heures perdues.

Retrouvez Navo sur le site La Bande Pas Dessinée ainsi que sur son blog Blavog et sur Twitter.
Navo est plein de surprises, et ne venant pas seul j’ai  eu l’occasion de rencontrer son ami Remi Chapeaublanc , photographe, avec qui j’ai discuté par la même occasion.
Ancien ingénieur en bio-informatique, il s’est dit une nuit “Pourquoi m’emmerder à gagner de l’argent alors que c’est la crise?” Il s’est donc lancé dans sa passion, la photographie, il y a bientôt 2 ans. Ses maîtres en la matière sont Richard Avedon et Denis Rouvre.
Il est un pur autodidacte, et si il a brulé les étapes dans son métier, c’est principalement grâce à une bonne dose de talent et un peu de chance. Il a commencé par animer avec son association , des formations de photo gratuites puis s’est fait remarqué par d’autres photographes, et depuis a travaillé avec de nombreux clients, notamment Sony.

 

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