Entretien: Paul Garcia

Paul Garcia est un des coauteurs du recueil de nouvelles Noir et Blanc, dans lequel j’ai également été publiée. Ancien réalisateur, il a tout quitté pour devenir auteur et nous offre un regard sans concession sur le metier d’auteur et ses réalités difficiles.

Comment est née ton envie de devenir auteur?

Pour être franc, je ne me considère pas comme auteur mais comme un ”écrivant-bitieux”.
J’écris depuis 15 ans, mais pour l’instant seules mes nouvelles ont été publiées.
J’ai commencé  après avoir avoir eu des difficultés à trouver du travail en tant que réalisateur. J’avais envie de changer d’état d’esprit, alors écrire s’est fait spontanément.
Le déclic a eu lieu en lisant des nouvelles d’auteurs que j’apprécie:  Robert Bloch, Frederic Brown- j’ai tout simplement eu envie de les imiter. Ensuite j’ai lu l’Alternative du diable de Frederick Forsyth, dans lequel il y avait peu de description et digression, j’avais l’impression de lire un film. Ces livres ont été mes sources d’inspiration.
Les récits étaient bien construits et les histoires solides. Quand j’étais réalisateur sportif, mon but était également de construire quelque chose, et j’ai compris qu’il y avait de nombreux points communs avec le fait d’être un auteur.
C’est ainsi que je me suis mis à écrire.

Qu’est-ce qu’être auteur au quotidien? Comment s’organise le processus d’écriture?

Je ne me considère pas comme pro, donc je n’ai pas de rythme régulier de travail. J’écris quand j’ai de l’inspiration, et quand je n’en ai pas, je fais autre chose.
Mon processus d’écriture est très variable. Quand j’écris des romans, j’ai très vite une idée mais  je mets un temps fou pour la développer et construire quelque chose de solide.
Pour les nouvelles, mes inspirations sont diverses, je peux regarder des gens dans la rue et tout de suite avoir le déclic, ou bien avoir une histoire déjà imaginée, mais ensuite je laisse mijoter pour retravailler parce que le premier jet est rarement bon.

Quels sont les bons et les mauvais côtés d’être auteur?

Les avantages sont l’indépendance: on se lève quand on veut, on travaille quand on veut, c’est un metier créatif.
Les inconvénients, c’est que ce métier est une longue quête incertaine et qu’il est très difficile d’en vivre.
Pour être franc, je ne vois pas d’avantage à être auteur si on reste amateur.
J’ai lu des auteurs de best-sellers comme Anna Gavalda pour comprendre pourquoi ils marchaient autant: j’ai trouvé qu’elle avait écrit des recueils de nouvelles qui relataient des tranches de vie, des moments intimes, des oeuvres très féminines. Très intéressants débuts, mais, comme tous les auteurs nouveaux,dès que leur premier roman se vend bien, tous les autres se vendent comme des petits pains. Comme on dit ”on ne prête qu’aux riches”, le succès attire le succès et pour les écrivains qui galèrent, il n’y a pas grand chose.

Quels sont tes attentes vis à vis de ton avenir en tant qu’auteur?

Mes attentes? J’attends un miracle! Que mes bouquins, mes recueils de nouvelles soient acceptés par les maisons d’éditions.

Quelles seraient tes conseils utiles aux écrivains qui débutent?

Il faut lire beaucoup, écrire un peu (ne serait-ce qu’une fois par semaine), commencer petit à petit.
J’anime un atelier d’écriture ou j’apprensd aux participants à commencer de la manière la plus simpliste possible. Il y a toujours un débutant qui me dit “Je ne sais pas écrire!” mais, je lui réponds: on a toujours quelque chose à écrire et par étapes on y arrive de mieux en mieux.

Il faut aussi vouloir progresser, lire ce que les autres écrivent, et faire lire ce que l’on écrit également.
Les concours de nouvelles peuvent aider un peu, les prix sont rarement intéressants, mais on a l’avis, même sommaire, de professionnels. Par exemple, j’ai participé au concours ”Imperial Dream” et j’ai eu un retour détaillé de la nouvelle que j’ai envoyée qui m’a été utile.
Il y a enfin de bons livres pour apprendre à bien construire de histoires: avoir un style ne s’apprend pas mais il est toujours utile d’apprendre à développer des idées.
Par exemple dans un livre d’aide à l’écriture, il y a l’exercice de l’assassin inatendu. Le concept est simple, il faut creer une chute originale et inattendue.

J’ai écrit l’histoire d’un policier qui a l’amour, l’argent la gloire et excelle au travail, jusqu’au jour où il perd tout. Pourquoi? Tout simplement parce que, suivant la consigne de l’exercice du livre, l’auteur intervient dans le récit, j’ai décidé que c’était trop injuste qu’un personnage ait autant de chance. J’aidonc intégré dans l’histoire une succession de malchances pour le héros.
Dans une autre histoire, la consigne était l’intervention du lecteur !

Dans les livres pour apprendre à écrire des scénarios, ils indiquent que le but d’une histoire est que “des gens ordinaires vivent une situation extraordinaire” mais le contraire peut être possible. De là se crée un paradoxe. Par exemple, j’ai appris récemment que Michael Jackson, quand il vivait à Neverland, a demandé à recréer un vrai supermarché avec des figurants qui joueraient des personnes faisant leur courses: c’est un exemple d’une personne extraordinaire confrontée au quotidien, et cela peut faire le début d’une histoire.

Comment comparerais-tu les métiers de réalisateur et d’auteur?

Ce sont deux métiers bien différents. Si l’un écrit avec des mots (l’auteur), l’autre (le réalisateur) écrit avec des images, de l’action et des sentiments.Il y a plusieurs types de réalisateurs, ceux pour la télé et ceux de fiction qui tournent aussi pour le ciné. Les premiers réalisent des documentaires, cherchent des thèmes, des infos, doivent gérer une équipe, les imprévus des tournages. Les seconds doivent gérer également une équipe, et un matériel différent (les acteurs).
Tourner pour la télé oblige à avoir un rythme de travail très rapide tandis que l’on a plus le temps de cogiter quand on tourne au cinéma.

Le réalisateur est soumis aux desiderata d’une maison de productions, des distributeurs, alors que les auteurs ne sont « sanctionnables » que par les lecteurs et l’éditeur. Par exemple, les auteurs ne sont pas limités en général par le nombre de pages, de personnages, ni censurés par les éditeurs une fois que ceux ci ont accepté la trame du livre.
Être réalisateur et être auteur,ce sont bien deux plaisirs différents: le réalisateur doit tout régler, diriger son équipe,maîtriser ses comédiens (cinéma) ou ses intervenants (télévision), réagir au quart de tout. Le plaisir est spontané, l’apothéose: le direct pour la télévision, la projection et le nombre de spectateurs pour le cinéma.

Tandis qu’être auteur apporte un plaisir égoïste. C’est avoir la sensation, à la fin d’une bonne histoire que l’on a écrite, qu’elle tient la route et qu’elle apportera du plaisir à qui la lira.

Voudrais-tu réaliser un film basé sur un de tes scénarios?

Réaliser un film est très compliqué, il y a toujours des problèmes de financement. Quand tu veux tourner un court métrage, tu dois le tourner avec tes propres fonds ou avoir la chance qu’un producteur accepte l’idée- et encore si il ne demande pas aussi l’aide du CNC qui est très difficile à obtenir.
Sur Canal 21, il y a une émission spécialisée sur les courts à petits budgets. C’est encourageant, mais la majorité d’entre eux n’aboutissent pas à grand chose, s’ils ne sont pas vendus à une chaîne de télé, cela ne sert à rien, et attendre un buzz sur le net est incertain…

Tu as des projets?

En ce moment, j’anime un groupe d’écriture et  j’écris un scénario “A toi” pour un producteur intéressé. Le problème c’est que les modifications, qu’il a demandées, l’éloignent de mon idée originale pour en faire un scénario. On en arrive, pour resserrer des scènes, à des scènes genre “scènes de commissariat” avec des répliques sèches, style questions réponses, sans vraiment d’émotions.

Pour en lire plus sur Paul Garcia, regardez la vidéo de son texte Chronique d’une mort annoncé et visitez son blog.

Les éditions Kirographaires dans lequelles Paul Garcia a publié son recueil de nouvelles Jeux de… Jeux de vilains ont déposé leur bilan. Si vous êtes intéressé pour recevoir un de ses recueils dédicacés à 11 euros (3 euros de frais d’envoi), n’hésitez pas à le contacter à l’adresse suivante : paulge747@yahoo.fr.

One thought on “Entretien: Paul Garcia

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.