Entretien: Laurent Fétis

Ecrivain

Laurent m’a été gentiment conseillé par Chloé Saffy. Publié à 18 ans chez Fleuve Noir, il a depuis sorti de nombreux romans dans des genres aussi divers que le policier, l’horreur, etc.

En quoi avoir réussi à écrire très jeune t’a-t-il donné une approche différente de
l’écriture, distingué des autres auteurs?
Je sais pas si ça m’a distingué, à part qu’on mentionnait souvent que j’étais le plus jeune auteur de ma maison d’édition.
Commencer tôt permet de gagner du temps,  parce que quand on débute on fait plein d’erreurs. J’ai commencé à écrire vers 11 ans. J’ai écris mon premier roman à 16 ans, envoyé et publié à 18. C’était un roman assez gore, avec des tortures
pendant 150 pages. Ensuite j’ai enchainé avec la série noire avec un polar à 19 ans. J’étais super content.

Comment as-tu réussis à faire publier ton premier roman, La cervelle contre les murs, à
18 ans chez Fleuve Noir?
Il y avait un concours organisé par Fleuve Noir. Je lisais beaucoup de livre d’horreur, je me suis dit « je vais essayer d’écrire un roman gore ». Je l’ai envoyé et ça a plu. Il y a eu très peu de modifications. Le concours n’existait plus mais le roman les intéressait. Pour le 2eme je l’ai envoyé à Serie Noire à Gallimard par la poste et j’ai été publié. C’était plus facile il y a 15-20 ans, Le polar se vendait plus. Je suis arrivé au moment où il y avait un changement de direction, et le nouveau directeur de publication voulait apporter quelque chose de neuf.

Quand je vois ton parcours, je constate que tu as été très prolifique, tu as publié quantité
de nouvelles, romans passant du gore, au roman noir, à la SF. Qu’est ce qui t’attire dans
cette versatilité? Et par la même occasion, pourquoi as-tu pris une pause entre 2000 et
2006?
Je suis un gros lecteur, de science fiction, de fantastique, par forcément prisé en France. J’aime le mélange des genres comme dans le lit de béton. J’aime les nouvelles, participer à des concours, ce sont toujours des bons exercices, des bons défis.
Par rapport à la pause, je continuais d’écrire mais je n’avais plus d’espace de publication pour des projets que j’avais, jugés trop violents ou gores. J’ai un projet qui sera publié en 2012 qui est un faux thriller, et un vrai roman d’épouvante. Mon héros prétend être intègre mais il ne l’est pas du tout. Je me suis inspiré de Jacques Pradel en le présentant comme un héros. L’histoire est assez ambiguë. Je ne pense pas que ça va plaire à tout le monde. Par rapport à mes autres
romans, ce texte est plus complexe, et risque de dérouter.

Dans tes romans , notamment « Un grand bruit blanc », « Industrielle Romance » ou « Le lit de
Beton », ton écriture est claire, tu vas droit au but sans t’épargner de jolies formules, ton
découpage narratif est original et par les sujets de tes histoires tu n’épargnes pas les
lecteurs, par soucis de réalisme ?

J’adore l’écriture baroque, complexe comme celle de Stanley Elkin mais aussi l’écriture très minimale. Quand on commence tôt on aime bien en tartiner, avec plein de descriptions (« C’est bien vrai ») mais faut recentrer et aller à l’essentiel. En même temps je dis ça mais le prochain fait 500 pages !
Je suis d’accord qu’au sujet de mes histoires, certaines scènes peuvent choquer mais je n’oblige pas les gens à acheter mes livres. En premier j’écris pour moi, et ensuite pour eux. Dans ce que j’écris y’a toujours un rapport personnel. Je matérialise mes personnages par un dessin, ou des photos. Il faut que le vécu nourrisse un peu l’histoire. Dès fois, ce que je livre de ma vie est tellement gros, que les gens se disent « Ca n’a pas pu arriver dans la vraie vie » et à un moment certains vont penser me reconnaître dans des petits détails.

L’éditeur accepte un premier livre, et pour le reste ça dépend des relations. L’histoire classique c’est qu’une maison se monte, accepte des manuscrit et ensuite la collaboration s’arrête la. J’ai de la chance aussi de rencontrer des auteurs-éditeurs. Il m’est aussi arrivé d’avoir des commandes ou je dois calibrer mon écriture en fonction de ce que l’on me demande. Par Smashwords, j’ai mis certains textes en ligne, les lecteurs peuvent le lire librement. J’ai mis
en ligne la suite du Lit de béton parce que l’éditeur n’était pas intéressé. Ceux qui veulent, le prennent, éventuellement je pourrais le vendre dans certains festivals. Les gens qui veulent autre chose que les best sellers vont aller sur internet.
Il y a l’exemple du performer Jean Louis Costes, qui a sorti un livre chez Grasset. Il a auto édité sur Internet son 2eme roman qui a bien marché. Il est connu dans son milieu, il écrit bien et le bouche à oreille à marcher. Pour moi, c’est une alternative valable au milieu de l’édition.
Beaucoup d’américains le font. Ils savent que si ils ont 1500 lecteurs, ils gagnent mieux qu’avec un éditeur classique. Et si y’a un frémissement, les éditeurs y viendront de toute façon. C’est arrivé avec un bloggeur qui écrivait sur les pères de famille, convaincu par un éditeur de sortir un livre. Après ça demande beaucoup de promotion, on n’a pas tous envie de le faire ; mais il faut bien que les écrits arrivent quelque part.

Tu as mentionné que tu avais besoin d’expérimenter certaines choses, notamment les plaisirs/désilusions de la vie nocturne, pour pouvoir mieux les écrire. Tu ne fais pas partie de ces écrivains qui brodent des histoires enfermés dans leurs chambres?
Pourquoi est tu autant fasciné par la nuit?
Je ne sais pas pourquoi je suis autant fasciné par la nuit mais je sors beaucoup. J’essaye de sortir une fois par semaine, me détendre, être dans le son et faire la fête. C’est un plaisir pour moi. J’ai commencé assez tôt, ça m’a plus et j’ai continué. J’aime sortir, découvrir des nouveaux groupes. On finit des fois dans des états pas possibles ! En général je m’amuse, mais quand je m’ennuie je rentre.

Quel est ton processus d’écriture?
Généralement, j’ai plein d’idées et je me dis que je ferai bien quelque chose de ça. Des fois je fais des plans très découpés, des fois c’est de l’impro, je sais juste ou ça commence et ou ça finit. J’écris plutôt la nuit parce que je bosse en journée et j’utilise aussi bien le papier que l’ordinateur.

Comment vis t on du metier? Je suis plutôt déçue de savoir qu’après 22 ans de carrière, tu ne vis pas de ton métier.

Je n’en vis pas. On en vit très mal. A une période on pouvait vivre en faisant des séries télé mais la télé ne paye plus. Certains écrivains tiennent grâce à l’édition jeunesse mais la plupart de ceux que je connais font de la pige ou des scénarios. J’ai un peu essayé mais c’est contraignant pour un résultat incertain. Au cinéma on peut faire bosser des gens sur un pré projet pendant des mois pour finalement ne pas finaliser et on n’est pas payé.
Il faut que ça vende. Certains de mes bouquins sont « cultes » et j’ai failli avoir des adaptations au cinéma mais ça ne s’est pas fait. Je fais dans le genre, c’est marginal.

Hormis le prestige de l’écrivain et les invitations gratuites aux soirées parisiennes, quels
sont les avantages du métier et ces inconvénients ?
Dans le polar, les festivals sont sympa. Entre auteur, c’est rigolo, on se marre bien et on a des coups à boire gratos. Ecrivain c’est pas plus prestigieux que les autres métiers, être publié c’est une chance. Il y a des lecteurs aussi qui apprécient, et c’est gratifiant. Dans le polar, on n’est pas invité sur les plateaux télés, ça reste une niche. Je ne vois pas trop d’inconvénients, personne ne nous met le couteau sous la gorge pour écrire. On peut écrire comme on veut. Je m’étais lancé une année en étant écrivain à plein temps mais j’ai pas pu tenir financièrement. Je ne crois pas au mythe de l’écrivain total.
Certains ont une telle exigence, ils rêvent d’écrire un chef d’œuvre mais ils n’y arriveront pas parce qu’ils se comparent aux chefs d’œuvres de la littérature.

Quels conseils donneraient tu à ceux qui veulent devenir des oiseaux nocturnes qui
veulent écrire dans des genre marginal pour écrire des romans comme les tiens?
Sortir, faites ce que vous voulez. A la base j’écris dans le plaisir. Si on a une commande c’est différent. Des fois il faut se mettre une discipline. Déjà écrire un bouquin c’est tellement difficile,ça ne sert à rien de se brider, de s’acharner pour par exemple, écrire un livre qui se vende.
Quand j’écris je suis concentré, dans mon monde avec la musique à fond la caisse.

Quelques choses à ajouter?
Non pas vraiment !

Pour en savoir plus sur Laurent, rendez vous sur son blog!

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