Entretien: Juliette lamboley

Entretien: Juliette lamboley

Juliette et moi avons tourné cette été dans le film de Julien Abraham “Panier de fraises” (titre provisoire). Nous avons sympathisé et je lui ai proposé de l’interviewer pour notre numéro d’octobre.

Comment tu es devenue comédienne ?

Je me souviens que j’avais eu envie de “faire rire les gens” à l’âge de 6 ans; j’étais une petite fille très introvertie, timide maladive, et à chaque fois que j’allais au cinéma, j’étais fascinée par la réaction des spectateurs. Tant d’émotions différentes données par quelques personnes ! Je me retournais très souvent pour regarder les gens rire, pleurer, avoir peur… C’est vraiment ça qui m’a donné envie de faire comédienne : procurer plein d’émotions intenses aux gens en l’espace de quelques heures. J’ai alors dit à ma mère “comment ils font les messieurs derrière la toile?” (je pensais que les acteurs jouaient en direct les scènes derrière la toile de cinéma…)

Mes parents ne voulaient pas que je tourne, ils voulaient préserver mon enfance. Mais j’ai insisté pendant 2 ans, et à 8 ans, j’ai été repérée par un agent. C’est devenu une sorte d’activité extra scolaire pour moi, j’adorais ça.
A 14 ans, j’ai eu un premier rôle dans un téléfilm de Caroline Huppert, j’ai gagné le prix de la meilleure interprétation féminine à Monaco, et sur scène, j’ai eu un déclic : jouer n’est plus une simple activité, mais une passion qui demande un véritable travail.
Tu te souviens de ton premier casting?

oui ! c’était horrible. j’étais terrifiée. je me souviens même du titre, tellement ça m’a marqué.  : “les anges tombés du ciel”. ma mère m’avait accompagnée, je connaissais très bien mon texte, etc, mais lorsque je suis entrée dans la salle de casting, j’ai fondue en larmes, je n’arrivais plus à parler… Le directeur de casting m’a gentiment proposé d’aller chercher mon texte pour simplement le lire, ce que j’ai fait. Mais surement très mal ! Le regard de l’autre me tétanisait vraiment à cette époque…

Comment tu as eu ton premier agent? Tu as pris des cours de théatre?

J’ai donc eu mon premier agent à 8 ans. A l’époque (il y a quand même 13 ans maintenant !), il y avait très peu de bons agents pour les enfants. J’ai eu la chance de tomber sur une femme exceptionnelle, Laurence Coudert, que j’ai suivi jusqu’à mes 18 ans, avant qu’elle n’arrête le métier.
J’ai fait un conservatoire, mais pour être honnête, ça ne m’a pas vraiment convenu. Je pense qu’en aillant commencé jeune, j’avais besoin de choses plus concrètes, applicables directement sur un plateau de cinéma ou de théâtre… Et ensuite j’ai fait plusieurs stages à Londres, où je vais régulièrement depuis que j’ai 12 ans.
Quel tournant as eu le film 15 ans et demi dans ta carrière? Comment as tu été sélectionnée et comment s’est déroulé le tournage?

A l’époque de 15 ans et demi, j’avais 17 ans, j’étais en fin de première. Et je faisais beaucoup de théâtre, parce que j’étais en horaires aménagés. Le casting a été long, il me semble qu’il y a eu 3 tours, et je pensais sincèrement avoir raté. J’étais super contente quand je l’ai eu, c’était mon premier rôle principal au cinéma, et aux côtés d’un monstre sacré : Daniel Auteuil. Quand j’y réfléchis, je me dis que j’ai eu quand même énormément de chance…

Ce film a été important pour moi, parce que grâce à lui j’ai été sélectionnée en tant que Révélation aux César 2009, et surtout, j’ai beaucoup appris sur le plateau. regarder travailler les grands, il n’y a rien de mieux !
Je crois sincèrement que c’était un de mes meilleurs souvenirs de tournage : l’ambiance était géniale, je me suis vraiment beaucoup amusée.
Mais c’est vrai que j’ai quand même beaucoup changé en 4 ans : je suis beaucoup plus bosseuse, méticuleuse, et j’essaie de ne choisir que des rôles qui représentent un gros challenge pour moi, une vie totalement différente de la mienne. Et à 21 ans, on a beaucoup plus de choix qu’à 17…
Beaucoup d’acteurs font le choix d’arrêter tôt les études mais tu as fait le choix peu commun de continuer? Pourquoi? Qu’est ce que cela t’apporte?

Alors là… Je crois qu’il y a plusieurs facteurs. Le premier, c’est que contrairement à mes amis par exemple, j’ai adoré aller à l’école. C’était vraiment un plaisir immense. Pour moi, tourner et aller en cours, c’était kif kif pendant longtemps ! Donc j’ai toujours eu cette passion d’apprendre. Quand j’étais petite, je faisais mille activités, de la danse, de la peinture, de l’équitation, de la musique… Bref, mes semaines étaient blindées. Donc j’y ai pris goût, et quand j’ai passé mon bac, je pensais au début faire sciences po, commencer une prépa littéraire ou partir étudier à Londres… J’étais sur le point de prendre la troisième solution, lorsque je suis tombée sur le descriptif d’une licence qui s’appelait “Humanités”, qui était l’équivalent d’une prépa littéraire en trois ans, et qui n’était dispensée que dans une seule université à Paris. Je n’ai pas réfléchis, j’ai foncé.

Ca m’apporte beaucoup : garder un pieds dans le monde étudiant, avoir des amis qui ont d’autres centres d’intérêt que le théâtre ou le cinéma, et puis la culture c’est une passion… et même vivre des expériences qui m’apportent pour mes rôles ! En fait, me nourrir tout simplement.
Tu es plutôt éclectique, tu te passionnes pour l’environnement,tu fais de la musique, tu participes à des projets totalement différents. Quels est ton moteur? Quels domaines voudrait-tu explorer?
L’environnement, ce n’est pas une passion, c’est vraiment un devoir. Je pense que chaque personne devrait maintenant prendre conscience que c’est important d’avoir un comportement écolo, sinon on court à notre perte. Tout le monde le sait, mais peu de gens agissent. Mes parents travaillent dans la médecine douce, donc depuis que je suis petite, je suis soignée à l’homéopathie, à l’acuponcture et aux produits bio ! Je connais ça par coeur, et j’estime donc qu’il est de mon devoir de soutenir cette cause.
Pour la musique, j’ai commencé le conservatoire en violoncelle à 6 ans pour le finir 10 ans plus tard. Mon frère est pianiste-compositeur, ça me ferait rire de pouvoir rejouer un peu avec lui !
Et puis il y a la réalisation et l’écriture de scénariis… J’y pense depuis vraiment très longtemps, mais j’attends le moment où j’aurais le temps de bien faire les choses avant de me lancer réellement.
Mon moteur est toujours le même : la curiosité. La vie est trop courte pour se reposer sur ses lauriers, alors j’essaie d’apprendre et d’expérimenter au maximum !
Tu as eu la chance de travailler avec de grands acteurs (entre autres Catherine Deneuve et Daniel Auteuil) est ce qu’ils t’ont donné des conseils ? Et toi, as tu eu l’occasion d’en donner sachant que tu es une vétérante?
Daniel Auteuil m’a dit un jour “ce métier, c’est 90% de travail, 10% de chance”. C’est devenu mon mentra. Seulement, moi je dirais maintenant, avec le recul, que c’est plutôt “90% de travail, 10% d’observation”.
Tu as un bagage imposant pour une fille de 21 ans. Est ce que néanmoins, tu as parfois des regrets de n’avoir pas mené la vie d’une fille “normale”? Est ce que tu te sens d’une certaine manière, “blasée”?
Pas du tout ! En réalité, j’ai l’impression d’avoir mené 2 vies : celle de l’étudiante, et celle de la comédienne. J’ai des amis d’école, et des amis comédiens. J’ai des discussions de philo, et des discussions de théâtre. Je suis un peu schizophrène en fait ! Mais ça me plaît pardessus tout. Je n’aurais jamais pu arrêter les cours de toute façon, j’aime beaucoup trop ça.
Et puis, qu’est-ce que la vie d’une fille “normale” ? Quelqu’un qui n’a pas trouvé sa passion ? Qui fait des études qui ne lui plaisent pas ? Je ne connais personne qui a une vie normale… Tous mes amis ont choisis des parcours qui leur plaisent, que ce soit ou non dans l’art, et c’est ça le plus important. Comédienne est un parcourt normal pour moi, parce que ça me plaît.
Et je ne suis pas du tout blasée ; j’ai parcouru 1% de la totalité de ce que je veux faire, alors j’ai le temps de devenir blasée !
Comment t’es tu retrouvée à participer au film “Panier de fraise”?

J’ai appelé le producteur, et je l’ai menacé de me prendre. (rires) Non, je rigole. J’ai joué une scène, d’abord toute seule, puis avec mon partenaire, Ibrahim. Apparemment, ça leur a plu… ?

Quels sont les bons et les mauvais points d’être une jeune comédienne?

Les bons points : à partir du moment où c’est une passion, tous. Il ne faut pas que ça devienne une obsession par contre, parce que dans ce cas, ça peut vite devenir un enfer. On dépend énormément du désir des autres. Un jour on monte, l’autre on descend. J’appelle ça “les montagnes russes”. Et contre ce phénomène, il faut trouver une autre passion, un autre domaine que l’on gère complètement, qui ne dépend que de nous, qui nous ressource. C’est ma technique… et ça marche plutôt bien !
Quelle est la rencontre la plus déterminante que tu ais faite dans ta carrière?
Il y en a eu plein ! Mon premier agent Laurence Coudert, Caroline Huppert à 14 ans pour “Gigi”, Sandrine Bonnaire, Daniel Auteuil, mon nouvel agent Rosalie Cimino, mon agent anglais Sarah Spear, Pierre Laville et Macha Méril pour m’avoir offert un rôle dans la pièce “L’importance d’être Constant”… Bref je ne pourrai pas les départager, tous ces gens ont eu un impact sur ma vie professionnelle. En fait, tous les gens qui m’ont offert du travail d’une manière ou d’une autre !
Comment s’est passé le photoshoot pour le numéro de septembre 2008 de Teen Vogue ? Quel est les différences entre les acteurs ado Anglosaxons et Français?
Ah  ! Très bonne question. Le photoshoot est un de mes meilleurs souvenirs. J’étais à Londres depuis plusieurs mois déjà, et Teen Vogue m’a contacté via mon attaché de presse, pour partir 1 semaine dans un chateau faire des photos de mode avec les plus grands stylistes, les plus grands coiffeurs/maquilleurs, et surtout les meilleurs talents anglais. Le rêve.
Les anglosaxons… parlent anglais déjà. Donc ils ont plus de possibilités. Et puis, il ne faut pas me demander à moi la différence : je suis née à Paris, mais je suis une mordue de films anglais. Pour moi, ils ont une puissance que je ne retrouve nul part ailleurs. Et les anglais n’ont pas peur du ridicule, ils osent, ils expérimentent. Le maître mot est l’originalité sincère. Ca me fascine : ils font ça à merveille. Mais j’ai aussi tendance à croire qu’avec la nouvelle génération, les frontières “acteur français/acteur anglais” s’amoindrissent. La nouvelle génération française va faire mal, attention !
Comment t’es tu retrouvée dans l’agence anglaise Curtis Brown?
Ils m’ont contacté suite au shooting de Teen Vogue. Ils avaient vu mon travail, et j’ai rencontré deux agents. J’ai accroché avec Sarah Spear et Grace Clissold, qui travaillent ensemble, et hop, c’était parti.
Quel est le film que tu as tourné et dont tu es la plus fière?

Impossible de répondre à cette question : je n’arrive pas à me regarder. Mais au niveau du thème, je pense que “La cité rose”/”Panier de fraises” risque d’être puissant.

La transition des enfants acteurs n’est jamais facile. Certains veulent directement passer à des rôles matures, quitte à choquer, tandis que d’autres sont coincés ad vitam aeternam dans des rôles d’ados? Comment tu te situes par rapport à ça? Quels genre de personnages aimerait tu interpréter dans le futur?

Bizarrement, je ne trouve pas que ce soit si difficile que ça. Il faut de la volonté, de la patience et du travail. De mon côté, je privilégie les rôles qui me font vibrer, où il y a un véritable challenge, qui ne me ressemblent pas du tout, ou très peu, dans un film que j’aimerais voir au cinéma. Par exemple, j’adore me déguiser, qu’on ne me reconnaisse pas. Et bien, dans mon prochain film, “Rouge Brésil”, que je tourne en à Rio, je joue une fille qui se travestit un garçon. Voilà le genre de rôle que j’aime.
Mon rêve ? Jouer les rôles de Johnny Depp chez Tim Burton. J’aimerais pouvoir me transformer totalement, et qu’on ne me reconnaisse jamais.
Quels conseils tu donnerais aux apprentis acteurs qui voudraient suivre tes traces?
Etre patient, observer et travailler. Et vos parents ont raison, passez votre bac !
Quels sont tes projets?
Rouge Brésil de Septembre à Novembre prochain, l’adaptation du prix Goncourt 2001. C’est une coproduction française, brésilienne et canadienne.
Tu te vois ou et comment dans 5 ans? Est ce que tu te vois faire un métier totalement différent d’ici quelques années?
Dans 5 ans j’aurais… 26 ans. A la base, je me voyais habiter en Islande, car j’adore ce pays. Je serai surement impliquée encore plus que maintenant dans le développement durable, et je serai surement encore comédienne et peut être… réalisatrice ?
Tu as quelque chose à ajouter?
Merci beaucoup pour cet interview, c’était très agréable.
Retrouver Juliette sur son site officiel, Facebook, Twitter et Weibo pour ceux qui comprennent chinois. Si vous voulez lui poser des questions, c’est sur Formspring. Par ailleurs, si vous êtes sensibles aux problèmes environnementaux, signez donc sa pétition.