Entretien avec Mickaëlle Bizet

Mickaëlle Bizet, française expatriée à Los Angeles, commence à se faire un nom dans l’industrie cinématographique locale !



Mickaelle Bizet © Alistaire Aubrey

Célia : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Mickaëlle Bizet : Je m’appelle Mickaëlle Bizet, mais en général on m’appelle Micko, comme les glaces mais avec un « c ». Micko c’est mon surnom depuis toute petite et je l’adore (merci à ma maman). Je suis afro-européenne, française d’origine antillaise. Je suis née au Marigot, en Martinique et j’ai grandi à Viry-Châtillon dans le 91. Maintenant, j’habite à Los Angeles, en Californie.

Qu’avez-vous fait comme étude ?

Après avoir passé un an en tant que fille au pair dans une famille américaine de Boston, j’ai recommencé mes études universitaires à zéro. J’ai fait des études d’enseignement secondaire à UMass Boston (c’est l’université du Massachusetts, campus de Boston).

Comment en êtes-vous venu au métier d’acteur ? Qu’est-ce qui vous a donné cette envie ?

Et bien, j’ai toujours voulu être actrice. Je n’ai pas de mémoire d’un temps où je n’avais pas cette envie en moi. C’est le genre de truc qui est plus fort que soi. J’ai eu beau essayer de vouloir faire autre chose, il y a une force en moi qui me pousse à continuer. Je suis naturellement attirée par tout ce qui tourne autour du monde du cinéma.

Mickaelle Bizet

Pourquoi avoir choisi les États-Unis ?

C’est un peu comme mon désir de devenir actrice. J’ai toujours été attirée par les États-Unis. Je pense qu’inconsciemment j’ai toujours su que je ferais ma vie à Los Angeles.

La barrière de la langue, c’était pas trop compliqué ? Vous n’avez pas eu de remarques par rapport à votre accent ?

Alors, je vais essayer d’être brève (difficile parce que j’adore cette question). Tout d’abord quand je suis arrivée aux States, je me suis très vite rendue compte que si je voulais devenir bilingue le plus rapidement possible, j’avais du boulot à faire toute seule. Bon, j’adorais l’anglais à l’école. J’étais bonne en anglais MAIS bien que j’avais de super bonnes bases, l’anglais à l’école et l’anglais dans un pays anglophone c’est hyper différent quand même.

Bref, je m’y suis mise directe. J’ai regardé BEAUCOUP la télé, beaucoup de films. J’enregistrais plein de choses à la télévision, je louais des vidéos, et puis je passais énormément de temps à faire « retour en arrière » – c’est comme ça qu’on dit « rewind » en français ? J’oublie des termes des fois (rires) – à faire pause. J’écrivais ce que je pensais entendre, je répétais ce que les gens disaient à la télé, j’observais comment leurs bouches bougeaient quand ils parlaient, etc… Franchement, je passais des heures à faire ça. Si tu demandes à ma famille américaine (famille d’accueil quand j’étais fille au pair) comment j’ai appris à parler anglais, ils te diront direct « by watching TV ».

Donc, la conclusion c’est que je n’ai pas vraiment d’accent français pur et dur à la Jean-Paul Gauthier. Je n’ai rien contre, mais je n’ai pas cet accent. J’étais tellement motivée à devenir bilingue vite fait bien fait que je me suis créé un petit accent différent. Des fois j’arrive bien à faire l’accent américain. D’ailleurs pour un de mes rôles (Veronica Deramous), le producteur et le réalisateur ne savaient pas que j’étais française quand ils m’ont choisie.

Bon, mon accent n’est pas parfaitement américain 7 jours sur 7 et ça ne me dérange pas. Quand je suis arrivée à LA après avoir quitté Boston, j’avoue que j’étais un peu inquiète donc je voulais être capable de parler anglais sans que personne ne sache que je suis française. Mais au bout du compte, j’ai compris que ce que je suis est différent et intéressant. Je suis noire, française, antillaise, d’origine africaine lointaine (of course), etc.. et j’habite à Los Angeles. Il n’y a pas beaucoup d’actrices noires qui sont bilingues français-anglais à Hollywood donc c’est une bonne petite « niche » pour moi ça. Je suis « Hollywood’s favorite French-speaking Black Actress », pourquoi pas ? Ça sonne bien, non ?

J’ai déjà eu trois rôles où je parlais français. J’ai un truc en plus, autant en profiter, autant m’en servir, autant le vendre. Oh, et pour finir, pour la petite histoire : la première fois qu’un directeur de casting m’a dit « oh, vous êtes française ? Vous pouvez me refaire la scène mais avec un accent français ? » J’ai dit oui, mais mon accent français était TROP nul ! J’étais tellement habituée à parler sans que j’ai dû réapprendre à parler anglais avec un accent français. Non, mais c’est normal, même au lycée je me souviens que mes amis et moi voulions tous parler anglais avec un accent américain ! C’était plus cool ! (rires)

Vous avez joué dans plusieurs films et courts métrages, pouvez-vous nous expliquer brièvement comment vous avez réussi à être prise pour ces projets ?

Quand je suis arrivée à LA, je me suis créé des profils sur lacasting.com, actorsaccess.com, et nowcasting.com. Tous les jours il y a des « breakdowns » et on peut soumettre sa candidature pour différents rôles. Je n’ai toujours pas d’agent donc je me représente toute seule. Il faut faire beaucoup de recherche. Il faut se prendre en main.

Quel projet vous a le plus marqué ?

Le projet qui m’a le plus marqué en ce qui concerne le genre de rôle c’est Will To Live sur TVOne, une des chaines noires. C’est une histoire vraie. J’ai joué le rôle de Veronica Deramous une femme qui a kidnappé une jeune fille sans abri de 19 ans, Teka Adams, enceinte de neuf mois dans le but de lui voler son bébé directement de son ventre. J’avais deux noms, deux personnalités dans cet épisode. Au début, je me suis présentée à Teka Adams sous le nom de Stephanie Mills une assistante sociale qui lui offre son aide. Mais ensuite, bien sûr, je dévoile que j’ai pêté un câble quoi, et je lui ouvre le ventre sans anesthésie, avec un cutter pour lui prendre son bébé. Bon, c’est horrible comme histoire, mais le miracle c’est que Teka Adams a réussi à s’échapper et les docteurs ont pu la sauver ainsi que son bébé. Tout finit bien.

Maintenant, le projet qui m’a le plus marqué et qui me marque encore à cause des expériences que je continue à vivre c’est le court métrage Kickstart Theft. Kickstart Theft a été filmé l’été dernier pour tester les capacités de la caméra digital Sony F65. J’ai appris énormément du réalisateur Fred Goodich et du cinématographe Vilmos Zsigmond (Oscar du meilleur cinématographe pour le film de Spielberg Close Encounter of the Third Kind). C’est vraiment intéressant de tourner avec des gens qui sont dans le milieu du cinéma depuis une quarantaine d’années. Grâce à ce court métrage j’ai passé le weekend à Paramount Studios à l’occasion de l’exposition Cinegear 2013. Je suis passée tant de fois devant ces studios en voiture et je me suis toujours dit « un jour, j’irai dedans, d’ailleurs j’y suis déjà dans ma tête. » Et voilà j’y étais ce weekend. Et puis aussi, de me voir sur un grand écran au Paramount Theater, quelle sensation ! Je suis une petite martiniquaise de débuts humbles, qui a grandi en banlieue parisienne, et me voilà à Paramount Studios, à Hollywood, en tant qu’actrice. Tout est possible si on y croit VRAIMENT.

Quels sont les principaux problèmes que vous rencontrez au quotidien ? C’est quoi le plus dur dans le métier ?

Franchement, j’essaie de ne pas m’arrêter sur les problèmes du métier. J’ai pas le temps. J’adore tellement jouer la comédie que je préfère me concentrer sur ce qui va bien. Je me sens si bien sur un tournage, tellement bien, que les choses qui en général prennent la tête à d’autres acteurs ne me font rien. Tiens, quelque chose de simple : sur un tournage, les acteurs attendent beaucoup. On passe beaucoup de temps à attendre pour parfois jouer juste quelques minutes. J’entends tout le temps des acteurs qui se plaignent des heures d’attente sur les tournages. Mais moi je me dis « je suis sur un tournage ! Aux States en plus ! Je suis en train de vivre, littéralement, mon rêve de petite fille quoi ! ». Il n’y a pas de place dans ma tête pour me plaindre parce qu’il y a tellement de joie. Imagine-toi être en plein dans le truc que tu as imaginé étant petite ! Je préfère me concentrer sur cette beauté-là, cette joie-là ; la beauté et la joie de vivre mon rêve pour de vrai, en chair et en os ! Trop cool. Je suis reconnaissante.

Pensez-vous que cela aurait pu être possible en France ?

Peut-être, oui, surtout maintenant que beaucoup plus de portes s’ouvrent pour les acteurs noirs en France. Mais chacun son parcours. Je vis ce que je vis aux États-Unis et j’apprécie chaque moment. J’avoue que l’idéal serait de me construire une carrière cinématographique internationale et lucrative. Je me vois bien faire des films en France et aux États-Unis. Je me vois même être la première actrice noire à obtenir le César de La Meilleure actrice (rires). Sérieusement, je le vois trop ça ; d’ailleurs je visualise souvent cette soirée : avec toute ma famille assise dans le public avec moi, et quand ils annoncent que j’ai gagné, je ramène toutes mes nièces et mon neveu sur la scène ! Et je donnerai mon César à ma mère pour qu’elle le garde chez elle. Oh, la, la, j’aimerais beaucoup travailler avec Luc Besson ! Et Euzhane Palcy aussi ; jouer dans un film avec Richard Boringher, Jean Reno, Greg Germain, Charlotte Gainsbourg, il y en a tellement… !

Avez-vous des conseils à donner aux jeunes voulant se lancer ?

Oui, mon premier conseil c’est « il faut se lancer » tout simplement. Et puis si c’est vraiment ce que vous voulez faire, il faut y croire dur comme fer sans se soucier des commentaires négatifs des autres. Se lancer, sans jamais s’arrêter. N’écoutez pas les gens qui vous disent que c’est pas possible parce que ceci ou parce que cela. Si les frères Wright avaient écouté les gens qui les croyaient fous, on n’aurait peut-être pas d’avion aujourd’hui. La Maison Blanche a été en partie construite par des esclaves noirs et maintenant un Président noir vit dedans, alors franchement, moi je dis que la possibilité est sans limite. Faites ce que vous avez à faire ou comme dit mon petit frère Dandyguel (googlez-le, c’est un très bon rappeur qui monte) à ceux qui ne croient pas en vous dites « laisse-moi faire mes byes ».

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Ici, les séries web sont de plus en plus populaires. Je dois bientôt reprendre mon rôle de Miss Lafontaine dans une série web qui marche super bien et qui s’appelle The Number sur la chaine youtube Black&SexyTv. Miss Lafontaine est une prof de français un peu scandaleuse. Je travaille aussi sur mes propres scénarios. Petit à petit l’oiseau fait son nid.

Un mot pour la fin ?

Les rêves peuvent vraiment devenir des réalités, sérieusement. Quand je pense à d’où je viens et que je vois où je suis, ça me prouve que tout est possible. Il faut concentrer ses efforts mentaux sur ce que l’on veut et non ce que l’on ne veut pas. Il faut faire très attention à la manière à laquelle on utilise son imagination. Je crois beaucoup au pouvoir de nos pensées : « Thoughts are things ». Albert Einstein a dit quelque chose que j’adore : « Imagination is everything. It is the preview of life’s coming attractions. »

Vous pouvez retrouver Mickaëlle Bizet sur son site mickaellebizet.com, sa page Facebook, sa page Youtube et son Twitter.

Mickaelle Bizet

One thought on “Entretien avec Mickaëlle Bizet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.