Entretien avec Kallagan

Entretien avec Kallagan

Il dépeint sa vie avec aisance et humour. Kallagan n’a pas fini de faire parler de lui, en France et ailleurs…

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Christelle Da Silva : Quel a été votre meilleur moment sur scène ?

Kallagan : J’en ai plein…Un soir ça m’a marqué et ça a marqué tous les gens dans la salle aussi…je parle avec les gens dans le public pendant le spectacle et à un moment donné je vois un mec et j’lui dit “Tiens ! Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? ” et il me répond avec un naturel “Je fais du jambon chez Monique Ranou” et toute la salle est tombée par terre. J’avais jamais rencontré personne qui m’dit “Je fais du jambon chez Monique Ranou…(rires) Je fais du saucisson chez Justin Bridou (rires) et le mec est devenu pendant tout le spectacle ma “tête de turc”. Quand lui a dit ça, c’était le plus gros fou rire que j’ai entendu de toute ma vie de la part des gens. Ce moment-là m’a marqué. Après, des autres bons moments… Quand tu fais la première partie de Michel Boujenah par exemple,  tu joues sur l’avant scène, t’as le rideau qui est derrière toi et tu l’entends qui fait les cent pas, tu l’entends jamais rigoler, mais tu l’entends, donc t’as une pression de ouf ! …Quand tu fais des galas à la télé ou quand tu fais des Zéniths des trucs comme ça, ça ce sont des grands moments, tu calculs pas que devant toi, tu as 6000 personnes et ça paraît dingue parceque quand tu démarres dans ce métier tu te dis “Wow! L’jour où je ferai des grandes salles ça va être géniale!” mais en fait, tu n’t’en rends pas compte! T’es tellement concentré, t’as tellement peur de te foirer que…parceque ça peu aller vite un foirage, que du coup tu fais pas gaffe à tout ça. Quand c’est fini, ben tu te dis “Merde, voilà ça y’est c’est fini! J’en ai pas profité en fait!” . Tu t’es préparé pendant des semaines pour que tes 6mins soient au top et puis en fait, tu ne les as pas vues.

C.D.S : Le public Parisien est plus difficile que les autres publics ?

K : C’est pas qu’il est plus difficile, c’est pas ça du tout… c’est que le public Parisien a le choix en fait. Le public Parisien, si il veut tous les soirs il peut voir 3 spectacles différents pendant 1an, il aura jamais vu 2 fois le même spectacle et si il veut ne pas payer, il peut ne pas payer. Donc, ce n’est pas la même démarche qu’un public de province qui va souvent faire 10-15 bornes, pour se déplacer à la salle où tu joues, où t’es la seule attraction de la soirée, où c’est normal, là-bas de payer, 15,20,25 euros une place de théâtre et encore 25euros, j’trouve ça cher! Mais, voilà, il y a une démarche, les gens viennent te découvrir vraiment. Après, une fois que t’es lancé sur scène, c’est pas qu’il y a beaucoup de différence, il y a des endroits où c’est plus dure que d’autres, mais Paris c’est pas le plus dure. J’ai joué en Alsace dans une petite ville qui s’appelle “Pfaffenhoffen où j’me suis tapé un gros “four” une fois, là ça a été dure.  Mais, à côté de ça, tu fais 30bornes, tu arrives sur Strasbourg et là tu fais des cartons. Le sud, tout se qui touche la mer méditérranée, c’est dure quand t’es pas de la région, de faire déplacer les gens. Ca m’est arrivé de jouer à Marseille, d’avoir un spectacle affiché à 20H, d’annuler à 20H10 parcequ’il n’y avait personne et de voir les gens arriver à 20H30-20H45, tu vois ? (rires) Cette région là me fait peur (rires) Après, je ne veux pas généraliser. J’ai eu une autre expèrience au café-théâtre “La Comédia” au Cannet, où j’me suis retrouvé la salle pleine à craquer, le patron était content et… le plus jeune avait 70 ans (mdr) et donc, là, tu fais “Wow!” J’ai fait mon spectacle et ça a été un mauvais moment sur scène, j’finis mon spectacle, je remontes dans la loge et là, j’entends des applaudissements qui arrêtent pas…et le patron “Alain Demaret” vient me voir et me dit “Mais redescends! Ils en veulent encore!” et moi, j’lui dit “Mais non, mais arrête! Ils ont pas rigolés !” le patron “Mais si ! Ils ont rient !” (mdr) Ils kiffés et moi, je ne m’en rendait pas compte. Après, je suis redescendu et c’est vrai que ces gens là savent s’amuser.

C.D.S : Pensez-vous que l’art et la politique fassent “bon ménage” ?

K : Pour ceux qui savent le faire, oui. Moi, je ne sais pas le faire. Après, il ne faut pas confondre “art” et “acharnement” aussi…

C.D.S : Devenir humoriste est un moyen plus rapide de se faire remarquer par les directeurs de castings  ?

K : Je suis sûre du contraire. Un directeur de casting, qui va chercher un personnage pour interprêter un personnage qui est déjà bien défini, il peut pas se baser sur un mec de café-théâtre. Il y en a très peu qui sont des acteurs. Quand je dis acteur, c’est être capable de faire des personnages de ouf, d’être crédible, il y en a très peu.

C.D.S : Avez-vous des conseils à donner aux futurs humoristes ?

K : Attendez un peu, on est déjà trop nombreux ! Il y a plus d’humoristes  que de fonctionnaires bientôt en France ! (rires) Déjà, “Qu’est-ce qui vous attire là-dedans ? La gloire ? Si c’est ça, laissez tomber, ça sert à rien ! Il y en a très peu qui vont l’avoir! ”

C.D.S : Jouer à New York sont les mêmes contraintes qu’en France ?

K : On prend le cas de figure, du mec qui arrive à New York et qui ne sait pas comment ça marche. On va te dire “Tu veux jouer ? Okay. Tu as 5mins de sketch en anglais ? Okay, pas de soucis. Ca va te coûter 5$ et tu dois ramener 5personnes.” Voilà, c’est comme ça que ça marche. (rires) Il y a une autre close aussi, c’est que tu restes jusqu’à la fin. C’est à dire que, c’est pas tu fais ton sketch et tu casses! Tout le monde doit jouer devant du monde. Presque partout aux Etats-Unis, presque, il y a des endroits où c’est pas le cas, mais les endroits où on te prend sans audition, il faut que tu ramènes ton public. A New York, il y a un Comedy Club, à tous les coins de rue. Il y a je ne sais pas combien de standuppers…Le niveau, quand il est haut, il est très haut et quand c’est pourri, c’est pourri ! Tu vois plein de gens qui ont des boulots à la con la journée et s’disent “J’vais essayer de me mettre au stand up, peut-être que…”. En Floride, à l’ “IMPROV’” de Fort Lauderdale…du Casino Hard Rock, ils font des réunions, des meetings où t’as le dirigeant de la chaîne Improv’ et t’as 300 aspirants comiques qui sont là, à écouter des conseils du directeur, qui te lave le cerveau, qui te dit “Vous pouvez venir faire des open mic chez nous, on va vous développer ” et ils sont tous là, il y a des mecs de 50-60 ballets, qui rêvent d’une carrière, c’est très dure le système américain… et ils te présentent les nouveaux poulains qu’ils ont… le mec se prend déjà pour une star, alors qu’il a fait 3 premières parties. J’ai assisté à ça, vraiment, ça fait bizarre ! Ils rendent les gens accro et en même temps ils leurs disent “Vous jouez chez nous, pas ailleurs!” En même temps, le mec  connait le taf’! C’est le mec qui a lancé Chris Rock ! Il a lancé beaucoup de monde. Il expliquait, comment se faisait les choix aussi. Moi, ça m’arrive de faire les premières parties, j’suis pas encore tête d’affiche là-bas;  en France l’équivalent, se serait de tourner du mardi au samedi dans un théâtre Parisien. Donc…tu as 30mins, t’es payé et c’est eux qui choisissent les mecs avec qui tu vas faire la première partie, c’est pas comme en France où l’humoriste choisit sa première partie. Ils savent te faire évoluer sans te laisser sur la touche. Après, il faut être bon tout le temps, aux Etats-Unis, ils ne se prennent pas la tête, tu fais 3 bides, ça y’est, c’est bon… Il y a du monde derrière !

C.D.S : Quels sont vos prochains projets ?

K : Que ce soit comme ça tout le temps, j’ai pas besoin de plus. Si je pouvais continuer à faire des allers et retours, de progresser, franchement, je serais super heureux ! Je demande pas plus que ça ! Je peux avoir ma vie tranquille, personne me reconnait dans la rue, en même temps les gens qui viennent me découvrir au théâtre repartent avec le sourire et sont contents et j’ai passé un bon moment et eux aussi. Si ça pouvait continuer comme ça pendant longtemps ça serait parfait ! Sans avoir à passer à la télé, à faire la pute. A faire ça tout seul, car moi je suis tout seul, j’ai pas de prod. Je fais ce que je veux, où je veux, quand je veux. Si je pouvais continuer à être libre comme ça, ce serait magique ! Sinon, je prépare le dvd du spectacle et je vais sûrement jouer à la rentrée dans une salle sympa à Paris.

C.D.S : Je vous laisse le mot de fin.

K : Le mot de fin… Je cherche un mot, écrit quelque part…(sourire) “STAR WARS” !

*Plus

Vous pourrez retrouver Kallagan dans différents plateaux parisiens…