Entretien avec Francisco E Cunha

Entretien avec Francisco E Cunha

Passons de l’autre côté et allons faire un tour dans le monde complètement déjanté de Francisco E Cunha…

Christelle Da Silva :  Avant de devenir humoriste, vous faisiez du théâtre, quel a été le déclic ?

Francisco E Cunha : C’est plus le fait de tout à coup devoir se retrouver tout seul et travailler pour toi. Ca faisait 4-5ans que je j’écrivais et montais des pièces avec 6-7 comédiens, c’était très fatiguant et à un moment donné je me suis dit “Tiens! Autant pendant un laps de temps donné, écrire pour moi un “One man” et faire un petit bout de chemin en attendant d’autres choses. Ca a bien marché et ça fait 4ans que je tourne.

C.D.S :  Dans votre spectacle “Thérapie de groupe pour un seul homme”, vous traitez des thèmes délicats, tels que la schizophrénie, la  paranoia, la mythomanie…Vous pensez qu’on est tous “fous” ?

F.E.C : Oui et ce qui est intéressant c’est qu’en fait, plus tu avances dans le temps, dans l’âge et plus tu te rends comptes, qu’en fait, c’que tu pensais être les fous, sont peut-être les moins fous. Ce sont les gens raisonnables qui sont les plus barjots. Ce sont les gens qui ont des responsabilités énormes au pouvoirs qui sont les plus fous. Le mec qui est capable d’appuyer sur un bouton pour se venger d’une guerre ou d’une action c’est le plus gros malade de la planète. Pour moi ce sont les vrais fous, après les mecs dans “Confession intime” les gens qui passent, pour moi c’est pas des fous, ce sont des gens qui sont prêts à tout pour qu’on parle d’eux pendant 5mins. Les vrais fous dans les hôpitaux, c’qui est intéressant c’est partir du fait du qui est fou ? Est-ceque c’est la majorité qui dit que le mec est fou ou tu peux-être considéré comme fou et être le seul à avoir raison parmis le reste de la population. Je pense que la société est plus folle que ce qu’elle voudrait donner comme image. Par exemple, le fait que l’argent soit devenu la chose la plus importante dans notre société, depuis toujours mais… mais c’est tellement vulgaire et tellement immorale et qu’on nous le dise à chaque moment. Pour moi, la plus grande vulgarité, j’en parle dans mon spectacle, c’est de voir un mec avec un sourire  venir te parler à la télé avec une cravate et te dire “Avez-vous des bijoux en or que vous ne portez plus ? Envoyez-les nous ! Même vos dents Madame!” C’est d’une vulgarité envers les pauvres, envers les gens qui sont dans des situations critiques, abominable ! C’est le truc le plus vulgaire que j’ai entendu depuis des années. Pour moi c’est là où est la vraie folie. C’est qu’on accepte ce genre de truc et qu’on trouve ça normal. Moi, ce qui m’interessait dans le spectacle, c’est de prendre un fou, qui a été enfermé pendant 10ans, avec une seule copine dans sa cellule une “t.v” et donc la télé c’est la seule vision de l’extèrieur et lui au bout de 10ans, en sortant, il constate que d’après ce que la t.v lui a montré, à l’extèrieur ils sont beaucoups plus barjots que lui.

C.D.S : Est-ce facile d’intégrer et de réussir dans le milieu humoristique?

F.E.C : Intégrer oui, parceque il y a tellement de cafés-théâtres (à Paris) dans lesquels n’importe quels comédiens ou comédiennes qui veut se lancer là dedans peu avoir sa chance. Après c’est vrai qu’à Paris, les salles sont chers, qu’il faut se débrouiller, mais tu peux jouer. Ce qui est difficile, c’est pas de t’intégrer toi-même, c’est de rentrer dans les réseaux qui te permettent d’être plus connus ou de jouer dans des plus belles salles. Pour percer dans les grosses salles, moi je considère, comme beaucoups d’autres qu’il n’y a  qu’un moyen, c’est le travail. Si tu n’es pas pistonné, si ton père ou ta mère n’est pas milliardaire , si tu ne connais pas des gens dans le showbiz, faut qu’tu taffes comme un chien. Ce métier plus qu’un autre, se joue sur le temps. C’est vraiment le travail qui te permet de faire tes preuves et si tu as la chance de rencontrer les bonnes personnes et si tu es prêts à ce moment-là, c’est là où les gens te prennent. Il y a une question que m’a posée Antoinette, la directrice artistique du “Point Virgule” quand j’ai passé l’audition il y a deux ans; l’audition du “Tremplin”, j’ai été prit et à la sortie elle m’a demandé “Pourquoi tu n’as pas passé l’audition avant?” et je lui ai répondu sincèrement “Si je l’avais passé avant, sûrement je n’aurais pas été pris”. Parceque je n’étais pas super à l’aise dans ma tête, dans le texte et dans le jeu, donc avant de passer l’audition, j’avais déjà joué mon spectacle pendant deux ans, deux ans et demie. Dans ce métier, la seule critique qui vaille, c’est celle du public. Si tu fais des sketchs pas marrants ou si t’es agressif, le public te sanctionne et au bout de trois mois tu joues plus. Et les mecs qui ont des réseaux, ne vont pas te les donner, ils ont mis dix ans à les faire! Moi ma famille artistique c’est Guillaume Meurice, Olivier De Benoist etc… C’est toi qui te créer tes propres réseaux au fur et à mesure de ta galère!

C.D.S : Que faut-il faire pour reussir?

F.E.C : Travailler et dans le one man, si tu n’as pas d’univers, tu fais rien ! J’ai vu de très très bons comédiens qui venaient du classique, pour eux passer par le one man était une façon de se faire connaître, ce qui a été aussi mon cas, parceque pour moi le one man c’est un moyen pas un but; donc sur scène de très bons comédiens, mais il n’y avait pas d’univers humoristiques et là tu te plantes !

C.D.S : A qui appartient l’univers de l’humoriste qui n’écrit pas ses sketchs ?

F.E.C : Quand tu as un auteur, c’est deux choses l’une, ou l’auteur se met au service de ton univers ou toi en tant que comédien tu te mets au service de l’univers de l’auteur. Le comédien met en relief ce que l’auteur écrit.

C.D.S :  Quels sont vos prochains projets?

F.E.C : L’écriture d’un deuxième one man, une pièce que je vais monter “Un ouvrage de dame” de Jean-Claude Danaud, on va essayer de la monter pour septembre-octobre, après je vais monter une pièce écrite par trois anciens élèves à moi et j’aimerais monter une pièce l’année prochaine, que j’écris depuis huit-dix ans, c’est une pièce historique qui va du XI au XXIème s. et j’aimerais monter dans une belle salle à Paris “Le Misanthrope” de Molière.

C.D.S : Si vous aviez unn souhait à faire, lequel serait-il?

F.E.C : Dans l’métier ? Sinon c’est dégueulasse… (sourires) Dans l’métier ! d’être mit en scène et de jouer avec Albert Dupontel, c’est quelqu’un que j’aime beaucoup. Après, j’avais d’autres rêves que j’ai exaucés par exemple jouer à l’”Olympia”, pour moi ça c’était un des plus beaux rêves, parceque je ne me disais pas “Faut qu’j’aille jouer à l’Olympia!”, il y a dix ans c’était de connaître Dieudo, parceque j’adorais ce mec-là ! Donc là, le rêve serait de bosser avec Dupontel ! C’est lui, qui m’a donné envie de faire du one man, parcequ’il y a très longtemps je suis allé voir son spectacle à l’”Olympia”, j’étais musicien à l’époque et c’est là où j’me suis dit” Putain, j’aimerais toucher à cette discipline aussi !”

C.D.S : Je vous laisse le mot de fin

F.E.C : Donnons-nous rendez-vous dans 1an, pour voir si Dupontel m’a fait la mise en scène…(rires) Le mot de fin, c’est d’essayer de continuer à faire ce métier sans en souffrir, de pouvoir payer ton loyer, de pouvoir vivre normalement, ne pas vivre comme un saltimbanque troubadour à la rue… Inch’Allah !

*En plus

Francisco E Cunha donne des cours de théâtre les jeudis de 19h30 à 22h30 à la Comédie Nation.